Chaque jour à 16h10 durant ce mois de Ramadan, 2M diffuse «Maghariba Fi Samae», une série d’animation 2D intégralement produite au Maroc. Ali Rguigue, directeur de la société Arcoustic à l’origine du projet, nous a confié les coulisses de cette œuvre dont l’ambition est de mettre en lumière des parcours inspirants de Marocains ayant marqué l’histoire du progrès.
Le fil rouge de cette série, déclinée en 20 épisodes de 4 minutes, n’est autre que l’histoire emblématique de Touria Chaoui, la première femme pilote du Maroc.
Au-delà de l’aspect narratif, Ali Rguigue, figure de proue de la fiction d’animation télévisée au Maroc, pose un regard lucide sur son secteur. Longtemps freinée par des coûts de production élevés et un manque de ressources, cette industrie connaît un nouvel élan grâce à la convergence avec l’univers du gaming.
Le producteur lève également le voile sur les réalités économiques du métier: un seul épisode des «Maghariba Fi Samae» nécessite un investissement compris entre 70.000 et 100.000 dirhams. Un chiffre qui illustre la complexité d’un écosystème où l’excellence artistique et les compétences de haut niveau doivent composer avec des contraintes techniques et budgétaires de taille.
Le360: Comment est née l’idée de la série «Maghariba Fi Samae»?
Ali Rguigue: La série est née du constat qu’il n’existait pas de biographies nationales adaptées aux enfants dans l’animation marocaine. L’objectif était de créer un contenu local qui mêle histoire, patrimoine et modèles inspirants, avec un récit cinématographique fort. L’idée centrale était de montrer que les Marocains ont toujours été acteurs du progrès, de la modernité et de la recherche scientifique.
«Contrairement à la 3D, souvent perçue comme plus rigide, ce format valorise la richesse de l’illustration marocaine. Il facilite ainsi la transmission entre les générations et s’inscrit dans une tendance mondiale où les plus grands studios, à l’instar de Disney, reviennent à l’authenticité du dessin traditionnel»
— Ali Rguigue, créateur et producteur de films d'animations.
Pourquoi avoir érigé Touria Chaoui en figure centrale?
Première femme pilote du monde arabe et du Maroc, Touria Chaoui incarne l’audace et l’émancipation. Son épopée offre un univers visuel d’une grande richesse: entre envolées aériennes, fresques historiques et le retour d’exil du Roi Mohammed V, son parcours se prête magnifiquement à la magie de l’animation. Au-delà de l’aventure, elle propose aux jeunes générations une figure inspirante et moderne, brisant les codes d’un univers traditionnellement masculin.
Pourquoi avoir opté pour une réalisation en 2D?
Le choix de la 2D privilégie la proximité émotionnelle et une certaine poésie visuelle. Contrairement à la 3D, souvent perçue comme plus rigide, ce format valorise la richesse de l’illustration marocaine. Il facilite ainsi la transmission entre les générations et s’inscrit dans une tendance mondiale où les plus grands studios, à l’instar de Disney, reviennent à l’authenticité du dessin traditionnel.
Comment s’est déroulé le processus d’écriture et de production?
Une recherche documentaire approfondie a été menée à partir d’archives, de témoignages et de ressources académiques. L’écriture a été adaptée pour garder un rythme narratif accessible aux enfants. La production a impliqué auteurs, réalisateurs, animateurs et historiens, ainsi que des étudiants de la Flow Motion School, afin de structurer l’écosystème de l’animation marocaine.
«Le projet démontre que l’animation historique marocaine a un potentiel exportable et peut devenir un outil de mémoire et de transmission culturelle.»
— Ali Rguigue, créateur et producteur de films d'animations.
Quels ont été les principaux défis?
Les difficultés majeures ont été le manque de financements et la restitution d’époques peu documentées. Malgré ces contraintes, l’équipe a maintenu une exigence artistique élevée. Le projet démontre que l’animation historique marocaine a un potentiel exportable et peut devenir un outil de mémoire et de transmission culturelle.








