Le Maroc traverse depuis plusieurs semaines un épisode de froid intense et de pluies soutenues qui bouleverse l’ensemble des régions agricoles du pays. «Si certaines cultures profitent de ces conditions, comme les fruits rouges ou les pommiers, d’autres subissent de plein fouet l’impact de ce climat exceptionnel», relève le quotidien Les Inspirations Eco du 5 janvier.
Les agrumes, la pomme de terre ou encore l’oignon voient leur développement ralenti, et les cultures maraîchères pâtissent de températures au sol particulièrement basses. Cette situation, loin d’être nouvelle, s’ajoute à un enchaînement d’aléas climatiques qui fragilise la production et provoque déjà des déséquilibres sur le marché national, faisant grimper les prix pour les consommateurs.
À Agadir, ville située à proximité de la plaine de Chtouka, principale zone de production maraîchère du pays, les prix en grande surface témoignent de cette tension. Le kilogramme de courgette se vend entre 14 et 15,95 dirhams, le poivron vert entre 7,95 et 9,95 dirhams, tandis que la tomate ronde oscille autour de 7,96 dirhams. Les oignons atteignent 10,50 dirhams le kilo et la pomme de terre 7,96 dirhams. «Ces tarifs, déjà élevés pour la saison, s’expliquent par plusieurs facteurs structurels: la priorité accordée à l’exportation vers l’Europe et l’Afrique, où les prix sont plus rémunérateurs, la hausse du coût du transport et les effets directs du froid et des précipitations sur les cultures locales», note Les Inspirations Eco.
Le phénomène est encore plus marqué à Casablanca, où le prix de la courgette atteint 16,95 dirhams et celui du poivron vert 19,95 dirhams, soulignant l’ampleur des déséquilibres entre production et demande. Pourtant, malgré ces contraintes, la plaine de Chtouka continue d’alimenter le marché national, ce qui témoigne de la résilience de cette région stratégique, souvent surnommée «le potager du Maroc».
L’impact du froid sur certaines cultures est indéniable. Les agrumes, notamment les clémentines dans la région du Gharb, ont subi d’importantes pertes en raison des fortes pluies qui ont provoqué la chute des fruits. La récolte a également été affectée par la pénurie de main-d’œuvre, difficile à mobiliser dans ces conditions climatiques rigoureuses. «La pomme de terre connaît un sort similaire, tandis que l’oignon vert pourrait voir ses prix se stabiliser, grâce à une production légèrement moins touchée et susceptible d’alléger la pression sur le marché», note le quotidien.
Les perspectives pour les prochaines semaines restent incertaines. La reprise des flux d’exportation après les fêtes de fin d’année, combinée à une demande interne en hausse et à la survenue d’autres intempéries, risque de maintenir la tension sur les prix. Traditionnellement, le mois de décembre est une période de faible activité pour l’export des primeurs, conséquence directe des changements de consommation liés aux festivités. Cependant, l’arrivée prochaine d’un redoux pourrait favoriser de nouveaux pics de production et offrir un répit aux consommateurs, en atténuant l’augmentation des prix.
Cette double facette du climat, bénéfique pour certaines cultures et destructrice pour d’autres, illustre la vulnérabilité du secteur agricole marocain face aux variations météorologiques extrêmes. Alors que le pays cherche à consolider sa sécurité alimentaire et à maintenir sa compétitivité sur le marché international, l’épisode actuel rappelle combien l’agriculture reste à la merci des éléments et combien l’adaptation et la résilience sont désormais des enjeux cruciaux pour les producteurs comme pour les consommateurs.





