À la veille de son deuxième Conseil trimestriel de l’année, prévu le 23 juin 2026, Bank Al-Maghrib s’apprête à arbitrer sa politique monétaire dans un paysage économique contrasté. «Selon les projections de BMCE Capital Global Research, la banque centrale marocaine devrait opter pour le statu quo en maintenant son taux directeur inchangé à 2,25%. Cette décision traduirait une posture de vigilance face à un équilibre macroéconomique délicat», indique le quotidien Les Inspirations Eco du 23 juin.
L’institut d’émission dispose d’une marge de manœuvre confortable grâce à la vigueur de l’activité économique nationale. Après une croissance de 4,9% en 2025, le produit intérieur brut a progressé de 5% au premier trimestre 2026.
Portée par un net redressement du secteur agricole et la résilience des activités non agricoles, la société de recherche anticipe désormais une croissance annuelle de 5,7% pour 2026, dépassant les prévisions initiales de la banque centrale, qui tablait sur 5,6%. Cette dynamique positive n’impose pas de resserrement immédiat, mais elle exclut également une nouvelle baisse des taux.
«L’inflation, bien que maîtrisée, amorce un retour qui incite à la prudence», écrit Les Inspirations Eco. Après s’être établie à 0,9% en mars, elle a atteint 1,7% en avril 2026. Cette accélération s’explique principalement par des facteurs externes, notamment un bond de 21,8% du prix des carburants lié aux tensions géopolitiques au Moyen-Orient.
Face à cette inflation importée, le Haut-Commissariat au Plan table sur un taux de 1,5% au deuxième trimestre, tout en avertissant qu’il pourrait grimper à 2,3% si la volatilité des cours énergétiques persiste. Le maintien du taux directeur permettrait ainsi de surveiller cette trajectoire sans pénaliser la reprise.
Sur le front du financement, les indicateurs valident l’orientation actuelle. Le taux débiteur moyen global a reculé de 16 points de base au premier trimestre pour s’établir à 4,66%, témoignant d’une bonne transmission des décisions monétaires antérieures. Les crédits bancaires ont, quant à eux, progressé de 7,8% à fin avril, atteignant 1 247 milliards de dirhams, ce qui démontre le dynamisme de l’économie réelle sans générer de surchauffe interne.
«Par ailleurs, le marché des bons du Trésor confirme cette stabilité», note Les Inspirations Eco. L’État continue de mobiliser les financements domestiques avec une levée nette de 19,8 milliards de dirhams à fin mai 2026, complétée par une émission internationale de 2,25 milliards d’euros. Malgré un déficit budgétaire qui s’établit à 27,8 milliards de dirhams à fin mai, sous l’effet de l’accélération des investissements publics, Bank Al-Maghrib anticipe une consolidation budgétaire avec un déficit maîtrisé à 3,5% du PIB sur l’ensemble de l’année.
Cette perspective de stabilité fait l’unanimité auprès des opérateurs financiers. Un sondage réalisé par la société de recherche auprès des investisseurs institutionnels marocains montre que 90% des répondants anticipent un maintien du taux directeur à 2,25% jusqu’à la fin de l’année 2026, tandis que les 10% restants envisagent une baisse à 2%. Aucun acteur du marché ne prévoit de resserrement monétaire, validant ainsi la pertinence d’une pause prudente de la banque centrale.




