Smartphones: la réduction des droits de douane de 17,5% à 2,5% ouvre la voie à une baisse des prix

Divers modèles de smartphones.

En abaissant les droits d’importation sur les smartphones de 17,5% à 2,5%, l’État entend rééquilibrer le marché, soutenir les opérateurs formels et contenir les importations illégales, dans un contexte de transition technologique marqué par le déploiement de la 5G.

Le 08/01/2026 à 12h01

La réduction des droits de douane sur les téléphones portables figure parmi les mesures fiscales les plus marquantes introduites par la loi de finances 2026. Après avoir été portés à 17,5% en 2024, les droits d’importation sur les smartphones ont été ramenés à 2,5%, une mesure destinée à rétablir l’équilibre du marché et à soutenir le secteur formel.

Cette décision concerne l’ensemble des appareils téléphoniques intelligents, qu’ils soient importés à l’état complet ou sous forme démontée, en kits CKD (complètement démontés) ou SKD (partiellement démontés). Elle s’applique également aux autres téléphones destinés aux réseaux mobiles ou à d’autres systèmes de communication sans fil.

Sur le plan tarifaire, la mesure touche notamment les positions 8517.13.00, 8517.14.00 et 8517.18.00 du Tarif des droits d’importation (TDI), avec une individualisation spécifique pour les smartphones importés en CKD ou SKD sous la position 8517.13.00.30.

Pour l’exécutif, le maintien d’un taux de 17,5% constituait un frein à la compétitivité du secteur structuré. «Ce niveau de taxation favorisait les importations illégales et alimentait les circuits parallèles», fait valoir le gouvernement, qui présente la baisse des droits comme un instrument de régulation destiné à freiner la contrebande, à renforcer la traçabilité des produits et à restaurer la confiance des consommateurs dans le marché formel.

Au-delà de la dimension commerciale, cette mesure est également pensée comme un levier industriel, en encourageant l’émergence d’une industrie nationale d’assemblage local de smartphones.

Cette réduction du droit d’importation a été revendiquée notamment par la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) qui a plaidé en faveur d’un retour au taux réduit de 2,5%, estimant que la hausse introduite par la loi de finances 2024 (17,5%) n’avait pas produit les effets escomptés en matière de protection de la production locale.

Selon la centrale patronale, cette taxation élevée avait surtout pénalisé les importateurs et distributeurs opérant dans le cadre légal. «Les opérateurs formels se sont retrouvés en situation de concurrence déloyale face aux produits importés illégalement», a fait valoir un professionnel qui s’est félicité de ce revirement.

«Il s’agit d’un retour en arrière stratégique, visant à assainir le marché tout en préservant les recettes fiscales à moyen terme grâce à l’élargissement de l’assiette formelle», estime-t-il.

Vers une baisse progressive des prix

Sur le marché, l’annonce de la baisse des droits de douane a suscité de fortes attentes, notamment du côté des consommateurs. Les professionnels s’accordent toutefois à dire que l’impact sur les prix ne sera pas immédiat.

«Les effets ne se feront pas sentir durant les premières semaines de l’année, car les stocks actuellement en vente ont été importés sous l’ancien régime», explique Hassan, vendeur de téléphones à Mohammedia.

Selon lui, «la baisse des prix se matérialisera au fil des mois, une fois ces stocks écoulés et les nouvelles cargaisons intégrées au circuit de distribution». Cette réduction, qui variera selon les modèles et les caractéristiques techniques, peut atteindre plusieurs centaines de dirhams, estime-t-il.

Cette évolution est d’autant plus attendue que les smartphones compatibles avec la 5G restent relativement coûteux. Or, le lancement récent de la 5G par les trois opérateurs nationaux renforce le besoin de renouvellement du parc mobile.

Pour le gouvernement, la baisse des droits d’importation devrait ainsi faciliter l’accès des ménages aux terminaux compatibles, accélérant la modernisation numérique du pays.

Au-delà de l’enjeu des prix, cette réduction du droit d’importation des téléphones portables vise clairement à endiguer l’expansion du marché informel. Ces dernières années, notamment en 2025, les téléphones introduits illégalement ont gagné du terrain, profitant de l’écart de prix avec les produits vendus dans le circuit officiel.

«Les commerçants déclarés ont subi de plein fouet la concurrence de téléphones vendus sans paiement de droits ni de taxes», souligne un professionnel basé à Casablanca, estimant que la baisse des droits de douane «constitue un facteur de rééquilibrage en faveur du marché organisé».

Cette mesure s’inscrit également dans un contexte de forte concurrence sur le marché qui a déjà contribué à la démocratisation de certains modèles, désormais accessibles à des prix nettement inférieurs à ceux observés il y a quelques années.

À moyen terme, les autorités espèrent que la combinaison d’une fiscalité plus incitative et d’une concurrence accrue permettra de structurer durablement le marché des smartphones, tout en soutenant les objectifs de digitalisation et d’élargissement de l’accès à Internet au Maroc.

Par Lahcen Oudoud
Le 08/01/2026 à 12h01