Le secteur du palmier dattier a été durement éprouvé par le long cycle de sécheresse qu’a traversé le Maroc durant sept années successives. Cette situation climatique exceptionnelle a fortement perturbé la mise en œuvre du contrat-programme conclu entre l’État et les professionnels de la filière, lequel vise à assurer, à terme, l’autosuffisance nationale en dattes.
Doté d’une enveloppe de 7,47 milliards de dirhams pour la période 2021-2030, ce contrat-programme fixe des objectifs ambitieux, au premier rang desquels figure la plantation de cinq millions de palmiers dattiers. Parmi eux, trois millions doivent être intégrés au sein des palmeraies traditionnelles, tandis que deux millions de vitroplants sont destinés à l’extension des superficies en dehors de ces palmeraies de 14.000 hectares, pour atteindre une superficie globale de 21.000 hectares.
À terme, l’ambition est également de porter la production nationale annuelle de dattes à 300.000 tonnes. Toutefois, la raréfaction des précipitations a considérablement freiné cette dynamique, entraînant des retards dans les investissements et les nouvelles plantations.
La sécheresse prolongée a par ailleurs accentué la pression sur les ressources hydriques, poussant les exploitants à un pompage excessif des eaux souterraines. Cette situation a conduit à l’assèchement progressif des khettaras, système traditionnel d’irrigation gravitaire, autrefois pilier de l’agriculture oasienne. Face à cette dégradation, l’État est intervenu pour imposer une gestion plus rationnelle des ressources en eau, tout en assurant la pérennité des investissements agricoles qui en dépendent.
C’est dans ce contexte qu’un contrat de gestion participative de la nappe phréatique sur l’axe Meski-Boudnib a été signé en octobre 2022 à Errachidia, entre l’État et les professionnels du secteur. Cette convention associe notamment le ministère de tutelle, l’Agence du bassin hydraulique Guir-Ziz-Rhéris, la Direction régionale de l’agriculture d’Errachidia et les investisseurs du palmier dattier.
Selon Mohamed Rachid Hamidi, vice-président de l’interprofession Maroc Dattes et président de l’Association des investisseurs du palmier dattier, la mise en œuvre de cette convention connaît aujourd’hui une avancée significative. Des réunions de suivi se tiennent régulièrement afin d’évaluer l’état d’avancement du contrat-programme.
Parmi les mesures concrètes déjà déployées, indique-t-il, figure l’installation de compteurs d’eau intelligents, fonctionnant à l’énergie solaire et équipés de technologies de pointe. Ces dispositifs transmettent en temps réel, via satellite, les données de consommation directement à l’Agence du bassin hydraulique.
Ce système permet un contrôle préalable et permanent des volumes prélevés, sans nécessité de déclaration de la part des exploitants. En instaurant une facturation de l’eau consommée, la convention incite les investisseurs à une utilisation plus économe de la ressource, conformément aux engagements du contrat-programme.
Les objectifs de 2030 à la portée
Actuellement, le Maroc connaît un important retour des pluies. Au 2 février, le cumul pluviométrique moyen national s’est établi à environ 360 mm, en hausse de 54% par rapport à la moyenne des trente dernières années, et de 215% comparativement à la même période de la campagne précédente.
Cette évolution s’est traduite par une nette amélioration du taux de remplissage des barrages. Ceux à vocation agricole affichent une retenue de 8,22 milliards de mètres cubes, soit un taux de remplissage avoisinant 58%, contre seulement 25% un an auparavant.
La retenue globale de l’ensemble des barrages du Royaume, y compris ceux destinés à l’eau potable, atteint, quant à elle, 10,26 milliards de mètres cubes, avec un taux de remplissage supérieur à 61%, contre moins de 28% une année auparavant. Au 3 février, ce taux s’établissait encore à 60,8%.
Dans la région de Meski-Boudnib, ces précipitations abondantes, inédites depuis plus de sept ans, devraient contribuer à la recharge progressive de la nappe phréatique, selon notre interlocuteur. Si le pompage des eaux souterraines continue de générer un certain déficit, ces pluies sont appelées à soulager durablement la pression hydrique sur la zone, note-t-il.
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Interrogé sur la possibilité d’atteindre l’objectif de plantation de cinq millions de palmiers à l’horizon 2030, Mohamed Rachid Hamidi rappelle que le programme a été pratiquement à l’arrêt en raison de la sécheresse. Actuellement, aucune nouvelle vague d’investissements majeurs n’est encore engagée.
Néanmoins, les résultats enregistrés restent encourageants. La superficie plantée est passée d’environ 8.000 hectares il y a deux ans à près de 13.000 hectares aujourd’hui. Ce qui correspond à un taux de réalisation estimé entre 75% et 80% de l’objectif fixé par le contrat-programme.
Les investissements sont majoritairement nationaux, bien que quelques investisseurs étrangers, notamment palestiniens et irakiens, soient également présents dans le secteur. Selon le professionnel, si les prochaines campagnes agricoles confirment une pluviométrie favorable, l’atteinte de l’objectif des cinq millions de palmiers d’ici 2030 reste tout à fait réalisable.
Concernant les ressources hydriques, la filière dépend principalement des eaux souterraines. Les barrages constituent une solution d’appoint, particulièrement durant les périodes de sécheresse intense. Dans la région de Meski-Boudnib, le secteur du palmier dattier s’appuie essentiellement sur le barrage Kaddoussa (qui affiche un taux de remplissage de 35% au 3 février 2026).
Ce barrage est équipé d’environ 30 kilomètres de canaux d’irrigation, permettant d’alimenter plusieurs exploitations agricoles moyennant paiement. Toutefois, l’ensemble des exploitations dispose également de puits pour assurer l’irrigation.
Les oasis marginalisées
Mais cette dynamique, largement portée par les exploitations modernes, ne s’est pas accompagnée d’un effort équivalent en faveur des oasis traditionnelles, pourtant au cœur de l’identité agricole et sociale des régions oasiennes.
Selon Mohamed Rachid Hamidi, ces oasis n’ont pas bénéficié de l’attention nécessaire, malgré leur importance historique et sociale. L’Association des investisseurs a d’ailleurs interpellé à plusieurs reprises le ministère de tutelle afin d’étendre les canaux du barrage Kaddoussa jusqu’aux oasis.
Actuellement, ce réseau d’irrigation s’arrête à environ 30 kilomètres de l’oasis de Meski, dans la vallée du Ziz. Une distance jugée techniquement et financièrement accessible. Pour le professionnel, la responsabilité incombe principalement à l’État, à travers l’Agence nationale pour le développement des zones oasiennes et de l’arganier (Andzoa).
Les oasis traditionnelles reposent encore sur une agriculture de subsistance, avec des palmiers vieillissants, exposés aux maladies et affichant des rendements en baisse. Leur sauvegarde passe, selon ce professionnel, par deux leviers essentiels: l’accès à l’eau, via le raccordement aux barrages ou le forage de puits, et l’élagage scientifique des palmes du palmier.
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Sur le plan productif, les exploitations modernes, dites «modèles», ont progressivement pris le relais des oasis traditionnelles. Elles assurent aujourd’hui près de 70% de la production nationale, estimée cette année à 160.000 tonnes, s’imposant comme «le cœur battant de la production de dattes au Maroc», souligne Mohamed Rachid Hamidi.
Cette montée n’efface toutefois pas le poids encore significatif des importations sur le marché national. Celles-ci représenteraient environ 40% de la consommation intérieure, selon les estimations officielles, relève le professionnel.
Les acteurs du secteur plaident ainsi pour une limitation des importations, notamment en provenance de pays comme l’Égypte et l’Algérie, évoquant des pratiques jugées déloyales et des problèmes de qualité. À l’approche du mois de Ramadan, l’instauration d’un régime d’autorisation préalable à l’importation est perçue comme une première avancée dans ce sens.
Pour autant, au regard des investissements engagés et sous réserve de conditions climatiques favorables, ce professionnel estime que le Maroc pourrait atteindre l’autosuffisance en dattes dans un horizon de sept à dix ans.








