L’économie bleue en pleine accélération

L’éolien offshore est considéré comme l’un des secteurs les plus prometteurs.. DR

Revue de presseAlors que les investissements s’intensifient, notamment dans l’éolien offshore, experts et institutions s’accordent sur l’ampleur des opportunités, mais alertent aussi sur les défis techniques, économiques et environnementaux. Le Royaume avance ainsi à la croisée des ambitions industrielles et de la nécessaire préservation de ses écosystèmes. Cet article est une revue de presse tirée de Challenge

Le 19/11/2025 à 19h36

Le Maroc avance à grands pas sur la voie de l’économie bleue, un domaine où le Royaume dispose d’atouts rarement égalés. Avec plus de 3.500 kilomètres de côtes réparties entre Atlantique et Méditerranée et une zone économique exclusive couvrant près de 1,2 million de kilomètres carrés, le pays possède un patrimoine maritime unique. «Ce potentiel, longtemps sous-exploité, est aujourd’hui placé au cœur des stratégies de développement, notamment dans la région du Souss, où les énergies marines deviennent un levier essentiel de croissance durable», écrit le magazine Challenge.

Il y a quelques années, Rabat a inscrit l’économie bleue parmi les priorités de sa gouvernance. Une source au sein de la mairie d’Agadir confirme que cette orientation structure désormais la vision de développement régional. Le tournant décisif a été franchi en mars dernier avec la signature d’un prêt de 350 millions de dollars conclu entre le Maroc et la Banque mondiale pour soutenir le Programme pour la Promotion des Résultats de l’Économie Bleue (PPR-EB). Cette enveloppe constitue un signal fort pour accélérer un chantier que le rapport sur le Nouveau Modèle de Développement avait déjà identifié comme stratégique. Le document insistait sur la nécessité de tirer pleinement parti de la richesse maritime nationale, que ce soit dans les secteurs traditionnels comme la pêche, le tourisme ou les activités portuaires, ou dans les filières émergentes telles que l’aquaculture, l’algoculture, les bioproduits marins, la construction navale et surtout les énergies renouvelables en mer.

«Dans cette dernière catégorie, l’éolien offshore est aujourd’hui considéré comme l’un des secteurs les plus prometteurs», souligne Challenge. Le rapport 2024 du Global Wind Energy Council (GWEC) souligne que le Maroc bénéficie de ressources naturelles exceptionnelles ainsi que d’une volonté politique manifeste de promouvoir cette technologie dans la région. La côte atlantique sud se distingue notamment par une vitesse de vent dépassant les 10 mètres par seconde, un niveau particulièrement favorable à l’installation de parcs éoliens en mer. En appui à cette dynamique, la Banque européenne d’investissement a accordé deux millions d’euros à MASEN pour financer une étude de faisabilité dédiée à l’éolien offshore.

Cité par Challenge, l’expert en énergie Said Guemra explique que l’intérêt de cette technologie réside avant tout dans la régularité du vent en mer, bien supérieure à celle observée sur terre. Il rappelle toutefois que l’investissement nécessaire pour un parc offshore est presque deux fois plus élevé que pour un projet terrestre, ce qui peut compromettre la rentabilité. Il souligne également que la production d’hydrogène vert, réalisée directement au pied des éoliennes avant transport, pourrait atténuer les contraintes liées à l’acheminement de l’électricité. Le facteur de charge moyen de l’éolien en mer atteint ainsi 38 % en Europe, contre 24% sur terre, ce qui explique l’enthousiasme croissant des pays européens.

D’autres spécialistes appellent cependant à une approche prudente. Également cité par Challenge, Badr Ikken, directeur général de GI3, rappelle que le Maroc dispose déjà d’un potentiel éolien terrestre largement suffisant pour répondre aux ambitions nationales, avec un potentiel théorique supérieur à 11.000 TWh par an. Selon lui, les sites terrestres marocains peuvent offrir des facteurs de charge dépassant les 60%, ce qui réduit l’intérêt de se tourner vers des installations offshore, plus complexes et plus coûteuses. Il met également en garde contre les impacts potentiels sur la biodiversité marine et les activités économiques côtières, en particulier la pêche. Les coûts de maintenance, nettement plus élevés en mer, constituent un autre obstacle dans un contexte où la compétitivité des énergies renouvelables est cruciale.

«Pour contourner ces contraintes, certaines pistes alternatives sont explorées, notamment les Stations d’Énergie par Pompage marines (STEP)», note Challenge. Ce dispositif permet de stocker l’électricité produite par des sources intermittentes grâce à l’utilisation de l’eau de mer, offrant une solution de stockage à la fois durable et potentiellement rentable. Une étude du CESE considère que ces infrastructures pourraient représenter une avancée stratégique pour la transition énergétique du pays, et des projets pilotes sont actuellement à l’étude.

Le potentiel de la côte atlantique marocaine attire en tout cas l’attention des spécialistes internationaux. Le GWEC estime que le Royaume peut devenir un acteur clé du développement éolien offshore, à condition de mettre en place un cadre réglementaire adéquat et de coordonner les efforts entre l’État et les industriels. La Banque européenne d’investissement, en finançant l’étude de faisabilité, cherche justement à évaluer la capacité du littoral marocain à accueillir de tels projets tout en respectant les exigences techniques, économiques et environnementales.

À l’échelle mondiale, les projections indiquent une croissance spectaculaire de l’éolien en mer au cours des prochaines années. Le GWEC prévoit que la majorité des nouvelles installations se concentrera entre 2029 et 2033, alimentée par l’ouverture de nouveaux marchés en Asie, en Europe de l’Est et en Amérique latine. Les installations annuelles pourraient tripler dès 2028 par rapport aux niveaux de 2023, pour atteindre environ 66 GW à l’horizon 2033. La part de l’offshore dans les nouvelles capacités éoliennes mondiales devrait alors passer de 9% à au moins 25%, marquant un tournant majeur dans le paysage énergétique mondial.

Par La Rédaction
Le 19/11/2025 à 19h36