Le cactus et le caroubier, piliers d’une révolution agricole dans la région de l’Oriental

Plantations agricoles dans la région de l'Oriental. (M.Chellay/Le360)

Le 05/04/2026 à 14h57

VidéoAux frontières de l’Oriental, le monde rural connait un nouveau souffle. Portés par la stratégie «Génération Green», le cactus, l’olivier et le caroubier deviennent les nouveaux remparts des petits agriculteurs contre la sécheresse. Un objectif clair: sécuriser les revenus des familles et stabiliser les populations rurales en misant sur des cultures qui résistent à la soif.

C’est une véritable métamorphose qui s’opère dans la bande frontalière d’Oujda. Finis les champs délaissés par manque de pluie: depuis 2023, des projets solidaires redonnent vie à ces terres autrefois fragiles. Grâce au soutien technique de la direction provinciale de l’agriculture et à l’énergie des coopératives locales, les paysans ne subissent plus le climat, ils s’y adaptent.

À la commune d’Ahl Angad, relevant de la préfecture d’Oujda-Angad, et plus précisément au douar Ouled Erzine, les opérations de plantation de cactus résistant à la cochenille se poursuivent. Ce projet intégré, porté localement, vise à compenser les pertes considérables subies après la destruction d’environ 80% des plantations traditionnelles.

«Ce chantier agricole constitue une réponse concrète aux pertes importantes causées par la cochenille», déclare Zoubir Merzaq, président de la coopérative Oum Richa. «Grâce à ce partenariat avec la direction provinciale de l’agriculture, nous avons pu planter 35 hectares la première année, autant la deuxième, puis 50 hectares la troisième année», ajoute-t-il, soulignant l’ambition d’étendre davantage les superficies à l’avenir.

Au-delà du cactus, la région connaît une diversification notable de ses cultures. Plus de 1.400 hectares d’oliviers, 1.600 hectares d’amandiers et près de 400 hectares de caroubiers ont été plantés, constituant autant de filières génératrices de revenus et contribuant à la stabilité socio-économique des agriculteurs.

«Le projet repose sur une vision intégrée sur cinq ans, visant à remplacer les céréales par des cultures plus adaptées aux contraintes climatiques», explique Hicham Ghamari, président de la coopérative «Och Tayr» dans la commune de Beni Khaled. «Le choix du cactus, du caroubier et de l’olivier répond à des critères techniques précis, notamment la faible consommation en eau, la résistance aux maladies et leur forte valeur ajoutée», précise-t-il.

Le programme, qui couvre les communes d’Ahl Angad et de Beni Khaled, a déjà permis la plantation d’environ 400 hectares. Une approche progressive et maîtrisée a été privilégiée afin d’assurer la réussite des plantations et éviter toute extension anarchique.

Sur le plan institutionnel, ces initiatives s’inscrivent dans le cadre de l’agriculture solidaire, pilier de la stratégie Génération Green. «Le programme de plantation de cactus couvre 2.000 hectares pour un budget de 10 millions de dirhams, lancé en 2023 avec une forte adhésion des agriculteurs», confirme Fouad Zahiri, chef du département d’exécution du projet à la Direction provinciale de l’agriculture (DPA) d’Oujda.

«Parallèlement, le programme du caroubier porte sur 2.000 hectares supplémentaires pour un coût dépassant 36 millions de dirhams, tandis que le semis direct vise 5.000 hectares à l’horizon 2030», poursuit-il. Selon les responsables, entre 600 et 800 agriculteurs bénéficient déjà de cette dynamique.

«Nous assistons à une transformation progressive du modèle agricole, passant d’une agriculture fragile à un système plus résilient et durable», affirme le même responsable. «Cette évolution ouvre la voie à un nouveau cycle de développement pour les zones rurales frontalières», conclut-il.

Alors que les opérations de plantation se poursuivent et que les surfaces continuent de s’étendre, les acteurs misent désormais sur une plus grande mobilisation des agriculteurs et un accompagnement technique renforcé pour pérenniser ces acquis et faire de cette expérience un modèle reproductible dans d’autres régions confrontées aux mêmes défis.

Par Mohammed Chellay
Le 05/04/2026 à 14h57