Les prix du pétrole poursuivent leur progression jeudi, au sixième jour de la guerre au Moyen-Orient, sur fond d’inquiétudes persistantes concernant l’approvisionnement énergétique mondial. La paralysie du détroit d’Ormuz et les premières restrictions sur l’échange de produits pétroliers alimentent la nervosité des marchés.
Vers 15h09 GMT, le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en mai s’appréciait à 83,86 dollars. Les tensions restent concentrées autour du détroit d’Ormuz, passage stratégique par lequel transite près de 20% du pétrole mondial et environ 20% du gaz naturel liquéfié (GNL).
Au Maroc, cette flambée intervient quelques jours seulement après une situation jugée inédite dans l’approvisionnement du pays. Des perturbations logistiques avaient en effet été enregistrées dans certains ports pétroliers, notamment à Mohammedia et Jorf Lasfar, ravivant les craintes d’une pénurie de carburants.
«Les perturbations observées en février ont eu un impact direct sur le niveau des stocks. À un moment donné, ceux-ci sont descendus autour de 600.000 tonnes, un niveau relativement faible», explique Mostafa Labrak, directeur général d’Energysium Consulting.
Lire aussi : Conflit au Proche-Orient: ces menaces qui pèsent sur l’économie marocaine
La situation s’est toutefois améliorée ces derniers jours. Selon Labrak, l’accalmie enregistrée dans les ports a permis le déchargement d’environ un million de tonnes supplémentaires qui étaient restées en attente.
«Cela offre aujourd’hui une certaine marge de sécurité et met théoriquement le pays à l’abri d’une rupture d’approvisionnement pour une période d’environ un mois voire un mois et demi», précise-t-il.
L’expert souligne cependant que le Maroc doit maintenir un rythme régulier d’importations afin de préserver cet équilibre. Il rappelle également que les perturbations portuaires locales n’influencent pas directement les prix à la pompe. Ceux-ci restent essentiellement dictés par les marchés internationaux.
Le Maroc s’approvisionne principalement en Europe, notamment en Espagne, au Portugal, en Italie et en France et, de manière ponctuelle, en Arabie saoudite ou aux États-Unis. Le Moyen-Orient n’est donc pas un fournisseur direct majeur pour le Maroc, ses exportations étant davantage destinées à l’Asie, notamment à la Chine, au Japon et à l’Inde.
Lire aussi : Nouvelle hausse des prix des carburants: voici les tarifs affichés à Casablanca ce dimanche
Dans ce contexte, même en cas de perturbations durables dans certaines zones stratégiques comme le détroit d’Ormuz, les circuits d’approvisionnement du Maroc ne seraient pas fondamentalement bouleversés, estime Labrak. L’Europe, principal partenaire énergétique du Royaume, n’importe qu’environ 10% de ses besoins depuis cette région et diversifie ses sources vers les États-Unis ou la Norvège.

L’impact direct sur l’approvisionnement marocain resterait donc limité. En revanche, une hausse des cours internationaux se répercuterait mécaniquement sur le marché national.
«Le Maroc se réfère en effet aux cotations du marché «Platts», avec comme principales plateformes de stockage et de fixation des prix Rotterdam et Anvers. Toute flambée des prix en Europe finit ainsi par se refléter dans les coûts d’importation du Royaume», ajoute-t-il.
Les niveaux actuels, autour de 80 à 82 dollars le baril, concernent des livraisons à terme pour les mois d’avril et de mai, rappelle Labrak. Les effets éventuels sur les raffineries et les marchés se matérialiseraient donc à ces échéances.
L’expert espère toutefois que le conflit ne s’inscrira pas dans la durée. Une guerre prolongée aurait des conséquences lourdes pour l’économie mondiale.
Il rappelle à cet égard l’exemple de la guerre en Ukraine, qui avait entraîné une envolée rapide du pétrole jusqu’à 145 voire 150 dollars le baril, avant un reflux progressif. Selon lui, les marchés connaissent généralement un «effet guerre» caractérisé par une phase initiale de panique, suivie d’une stabilisation une fois les flux d’approvisionnement sécurisés.
Mostafa Labrak estime par ailleurs que les grandes puissances économiques (Chine, Japon, Inde, Europe et États-Unis) n’ont aucun intérêt à laisser le conflit perturber durablement les flux énergétiques mondiaux. Des efforts seront donc probablement déployés pour maintenir les circuits d’approvisionnement, même si les coûts d’assurance maritime et de transport pourraient légèrement augmenter.
Dans ce contexte incertain, il rappelle que le Maroc reste un importateur net d’énergie, avec une facture annuelle avoisinant 15 milliards de dollars couvrant le gaz, le charbon, le fuel, le gasoil et l’essence.
D’où, selon lui, l’importance d’accélérer la transition énergétique du Royaume. Le développement des énergies renouvelables et l’ambition de faire du Maroc un futur fournisseur d’hydrogène vert constituent des orientations stratégiques majeures.
L’expert appelle également à renforcer les capacités portuaires et de stockage, notamment à travers les projets de Nador West Med et du port de Dakhla Atlantique, afin d’augmenter les réserves stratégiques du pays en attendant une production électrique issue à 100% des énergies renouvelables.








