À la lecture des agrégats officiels, l’économie nationale a traversé 2025 sans rupture apparente. Les autorités mettent en avant la poursuite des créations d’entreprises, la consolidation des recettes fiscales et la stabilisation progressive des équilibres macroéconomiques, dans un contexte international pourtant contraint. Mais derrière cette lecture d’ensemble, la réalité vécue par les très petites et moyennes entreprises apparaît sensiblement plus sombre, comme le souligne avec insistance la Confédération marocaine des TPE-PME dans un communiqué.
Selon cette organisation représentative, plus de 52.000 entreprises, personnes physiques et morales confondues, ont fait faillite en 2025, dont près de 99% relèvent de la catégorie des TPE. Ce chiffre, qualifié de record, s’inscrit dans une trajectoire clairement documentée par les statistiques judiciaires et administratives.
La Confédération estime que cette progression continue invalide l’hypothèse d’un simple choc conjoncturel et révèle un affaiblissement structurel du modèle d’accompagnement des petites entreprises.
Les données officielles de création d’entreprises, publiées par les institutions nationales compétentes, viennent paradoxalement renforcer ce diagnostic. Après 93.359 créations en 2023 et 95.235 en 2024, pas moins de 92.232 nouvelles entreprises ont été enregistrées à fin octobre 2025. Pour la Confédération, cette dynamique quantitative masque une fragilité qualitative profonde avec un taux de faillitte élevé des entreprises nouvellement créées, souvent incapables de dépasser deux années d’activité, traduit un déficit de financement, de formation et d’accompagnement, pourtant régulièrement souligné dans les rapports publics.
Sur le plan des politiques publiques, l’écart entre annonces et effets mesurables constitue l’un des axes centraux de la critique. L’arrêt ou l’essoufflement de programmes emblématiques tels qu’Intelaka et Forsa, officiellement conçus pour soutenir l’entrepreneuriat, coïncide avec une rigidité du système bancaire en matière de restructuration de dettes. La Confédération relève également une évolution défavorable de la pression fiscale sur les petites structures, évaluée entre 10% et 20%, alors que les réformes récentes ont conduit à une baisse progressive de l’impôt sur les sociétés pour les grandes entreprises, conformément aux orientations budgétaires annoncées par le gouvernement.
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La Charte de l’investissement, présentée par l’exécutif comme un pilier de la relance, cristallise également les tensions. En conditionnant l’accès aux incitations à des seuils d’investissement supérieurs à un million de dirhams, elle exclut mécaniquement l’essentiel des TPE-PME, qui représentent pourtant plus de 98% du tissu économique national et concentrent plus de 83% de l’emploi, selon les statistiques institutionnelles reprises dans le communiqué. À cela s’ajoute la non-application persistante du quota de 20% des marchés publics réservé aux petites entreprises, pourtant inscrit dans un décret en vigueur depuis 2013.
En creux, le constat de la Confédération rejoint plusieurs diagnostics publics sur la nécessité d’un changement dans les politiques d’appui. Pour 2026, l’organisation appelle à une réorientation stratégique par la mise en place d’un véritable outil public de financement dédié aux petites entreprises, une fiscalité différenciée selon la taille et le cycle de vie des structures et l’application effective des dispositifs existants.
Au-delà du débat institutionnel, la Confédération marocaine des TPE-PME pose une question centrale, notamment celle de la soutenabilité sociale et productive d’un modèle de croissance où la vitalité statistique des créations ne compense plus l’hémorragie silencieuse des faillites. Un signal d’alerte qui, chiffres officiels à l’appui, appelle désormais des réponses structurelles plutôt que conjoncturelles, mais aussi par un accompagnement renforcé face aux chocs successifs —pandémie, sécheresse et inflation— reconnus par les autorités comme des facteurs de vulnérabilité économique.








