Chômage: le taux recule mais reste élevé à 13% en 2025

Le siège du Haut-commissariat au plan, à Rabat.. Adil_Gadrouz

Le marché du travail au Maroc a enregistré une amélioration en 2025 selon le HCP. Cette évolution reste toutefois marquée par de fortes disparités, une hausse du sous-emploi et des difficultés persistantes d’insertion pour les jeunes, les femmes et les diplômés.

Le 03/02/2026 à 11h39

L’année 2025 marque une amélioration sensible de la situation du marché du travail au Maroc, selon une note d’information publiée par le Haut-Commissariat au Plan (HCP). Entre 2024 et 2025, l’économie nationale a créé 193.000 postes d’emploi, contre 82.000 un an auparavant, traduisant un net redressement du rythme de création d’emplois.

Cette dynamique reste toutefois fortement contrastée selon le lieu de résidence. Alors que le milieu urbain concentre l’essentiel des nouvelles opportunités avec 203.000 postes créés, le milieu rural enregistre, à l’inverse, une perte nette de 10.000 emplois, confirmant la fragilité structurelle de l’emploi agricole.

Par type d’emploi, la création est exclusivement tirée par l’emploi rémunéré, qui progresse de 249.000 postes. L’emploi non rémunéré recule de 55.000 postes, principalement en milieu rural. Sur le plan sectoriel, les services s’imposent comme le principal moteur de la création d’emplois, avec 123.000 postes supplémentaires.

Dans ce contexte, le volume du chômage recule de 17.000 personnes pour s’établir à 1,621 million de chômeurs au niveau national. Le taux de chômage passe ainsi de 13,3% à 13%, confirmant une amélioration globale, bien que différenciée selon les catégories de population.

Ce repli du taux de chômage bénéficie principalement aux hommes et aux catégories d’âge de 25 ans et plus. En revanche, le taux de chômage augmente chez les femmes, atteignant 20,5%, et chez les jeunes de 15 à 24 ans, où il s’élève à 37,2%.

Le chômage des diplômés recule légèrement, mais reste élevé, notamment chez les titulaires de diplômes moyens et supérieurs. La proportion des primo-demandeurs d’emploi et du chômage de longue durée progresse, montant des difficultés persistantes d’insertion sur le marché du travail.

La durée moyenne de chômage atteint 33 mois, tandis qu’une part importante des chômeurs se retrouve sans emploi à la suite de la fin des études ou d’un licenciement.

Sous-emploi: une dégradation généralisée

Le sous-emploi poursuit sa progression en 2025, avec 1,19 million de personnes concernées. Le taux de sous-emploi atteint 10,9% au niveau national, en hausse aussi bien en milieu urbain que rural.

Tous les secteurs enregistrent une hausse du sous-emploi, particulièrement marquée dans les BTP. Le sous-emploi lié à l’insuffisance du revenu ou à l’inadéquation entre formation et emploi progresse sensiblement, confirmant les limites qualitatives de la reprise de l’emploi.

Entre 2024 et 2025, le taux d’activité est resté quasi stable à 43,5% au niveau national. Cette stabilité masque toutefois des évolutions opposées: une baisse de 0,4 point en milieu rural et une hausse de 0,2 point en milieu urbain, reflétant la poursuite du basculement de l’activité économique vers les villes.

Par genre, le taux d’activité connaît une quasi-stagnation, aussi bien parmi les hommes (68,5%) que parmi les femmes (19%). Ces niveaux confirment le maintien d’un écart important de participation au marché du travail entre les sexes.

Le taux d’emploi s’est, pour sa part, légèrement amélioré, passant de 37,7% à 37,8%. Cette évolution résulte d’une progression en milieu urbain (+0,4 point) qui compense une baisse en milieu rural (-0,3 point). Chez les hommes, le taux d’emploi progresse à 61,1%, tandis qu’il recule à 15,1% chez les femmes.

La création d’emplois en 2025 est marquée par un basculement net en faveur de l’emploi rémunéré. Les postes salariés progressent tant en milieu urbain qu’en milieu rural, tandis que l’emploi non rémunéré recule sensiblement, notamment dans les zones rurales.

À l’exception de l’agriculture, l’ensemble des secteurs économiques affiche des créations nettes d’emplois, marquant une reprise de l’activité productive hors agriculture.

Le secteur des services demeure le premier pourvoyeur d’emplois en 2025. Les créations concernent principalement les activités financières, d’assurance, immobilières, scientifiques et techniques, ainsi que les services administratifs et de soutien, qui totalisent 53.000 nouveaux postes. Les services sociaux fournis aux collectivités contribuent, quant à eux, à hauteur de 46.000 emplois.

Les BTP enregistrent une création nette de 64.000 postes, portée aussi bien par les chantiers urbains que ruraux, confirmant le rôle de ce secteur comme levier conjoncturel de l’emploi.

L’industrie contribue également à la dynamique avec 46.000 emplois créés, majoritairement en milieu urbain. Cette évolution reflète un regain d’activité industrielle, bien que l’emploi industriel demeure encore relativement concentré géographiquement.

En revanche, le secteur de l’agriculture, forêt et pêche accuse une perte nette de 41.000 emplois, principalement en milieu rural, malgré une création limitée en zone urbaine. Cette évolution souligne la vulnérabilité persistante de l’emploi agricole.

Forte dominance des services

En 2025, le Maroc compte 10,867 millions d’actifs occupés, dont 37,5% résident en milieu rural et seulement 20,3% sont des femmes. Les jeunes âgés de 15 à 34 ans représentent un tiers du volume total de l’emploi, confirmant le poids démographique de cette tranche d’âge sur le marché du travail.

Près de 46,4% des actifs occupés ne disposent d’aucun diplôme, tandis que 33,5% possèdent un diplôme moyen et seulement 20,1% un diplôme supérieur. Cette structure de qualification pèse sur la productivité et la qualité de l’emploi.

Le secteur des services concentre près de la moitié des actifs occupés (49,7%), suivi de l’agriculture, forêt et pêche (25,5%). L’industrie et les BTP emploient respectivement 12,8% et 12% des actifs occupés.

L’emploi salarial concerne 61% des actifs occupés, avec une prévalence plus élevée chez les femmes citadines. Les indépendants représentent 26,2% de l’emploi total, tandis que les aides familiales restent fortement concentrées chez les femmes rurales.

Les chiffres du HCP montrent également que plus de 9% des actifs occupés exercent un emploi non rémunéré, une proportion particulièrement élevée en milieu rural et chez les femmes. Par ailleurs, 12,3% occupent un emploi occasionnel ou saisonnier, confirmant la persistance de formes d’emploi précaires.

La durée excessive de travail concerne environ un tiers des actifs occupés, touchant davantage les hommes que les femmes. En parallèle, seuls 31,6% des actifs occupés bénéficient d’une couverture médicale liée à l’emploi, avec de fortes disparités entre milieux et secteurs.

Au niveau des salariés, 47% bénéficient d’une couverture médicale liée à l’emploi et un peu plus de la moitié disposent d’un contrat formalisé. Les taux de contractualisation sont nettement plus élevés dans les services et l’industrie que dans les BTP et l’agriculture.

Par Lahcen Oudoud
Le 03/02/2026 à 11h39