Barrages sous pression: pourquoi et comment le Maroc enclenche des lâchers d’eau

Des déversements préventifs enclenchés à Al Wahda après la forte remontée du niveau des eaux.

Face aux précipitations exceptionnelles enregistrées à travers le Royaume, les autorités hydrauliques ont activé des opérations de déversement préventif dans plusieurs barrages proches de leur capacité maximale. Un dispositif anticipatif, appuyé par des modèles hydrologiques et une surveillance continue, visant à protéger les infrastructures, réguler les crues et sécuriser les populations tout en optimisant la gestion des importantes ressources en eau récemment accumulées.

Le 01/02/2026 à 10h14

Les opérations de déversement préventif engagées au niveau des barrages visent avant tout à réguler le débit des oueds et à maintenir une capacité d’accueil suffisante pour les apports hydriques futurs, a affirmé Omar Chafki, directeur de l’Agence du bassin hydraulique du Bouregreg-Chaouia. Ces lâchers d’eau, programmés et minutieusement étudiés, sont effectués à des débits ne présentant aucun danger ni pour les populations ni pour les zones avoisinantes.

Selon ce responsable, chaque barrage dispose d’une capacité de stockage limitée. Il est donc indispensable de conserver une partie de cette réserve pour absorber les crues soudaines ou même attendues. Lorsque l’ouvrage approche de son niveau maximal, des déversements contrôlés sont déclenchés sur la base des prévisions météorologiques et des modèles hydrologiques permettant d’estimer les volumes entrants.

Ce dispositif s’appuie également sur un réseau de stations hydrologiques réparties à travers les bassins, fournissant des données précises sur les apports potentiels et les quantités à évacuer. Les opérations sont menées dans le cadre d’une coordination étroite entre l’ensemble des intervenants concernés. Actuellement, après le remplissage complet des barrages du bassin, l’excédent d’eau est dirigé vers la mer.

Omar Chafki a par ailleurs écarté tout risque d’effondrement ou d’explosion des barrages en cas de non-déversement. Les ouvrages marocains sont conçus selon des normes techniques particulièrement strictes, intégrant notamment l’hypothèse d’une crue exceptionnelle susceptible de survenir une fois tous les dix mille ans.

Dans un contexte de précipitations exceptionnelles touchant plusieurs régions du Royaume, le recours à ces lâchers programmés s’inscrit dans une stratégie préventive destinée à protéger les infrastructures hydrauliques, tout en garantissant la sécurité des populations et des équipements.

Des lâchers déjà activés dans plusieurs barrages

Les services du ministère de l’Équipement et de l’Eau ont déjà lancé des opérations de déversement préventif dans plusieurs barrages ayant atteint ou frôlé le seuil maximal de remplissage. Parmi eux figurent notamment Al Wahda, le plus grand barrage du Maroc et le troisième en Afrique, Oued El Makhazine et Sidi Mohammed Ben Abdellah.

Cette mobilisation intervient alors que la Direction générale de la météorologie prévoit la poursuite des épisodes pluvieux exceptionnels, accentuant la nécessité d’une gestion proactive des retenues.

À travers ces mesures anticipatives, les autorités cherchent à concilier valorisation des apports hydriques et maîtrise des risques, dans un contexte marqué par une variabilité climatique accrue. La stratégie de déversement contrôlé apparaît ainsi comme un levier central pour sécuriser les infrastructures tout en optimisant la gestion des ressources en eau.

Plus largement, cette approche illustre l’importance d’une gouvernance hydraulique fondée sur l’anticipation et la planification, deux facteurs devenus indispensables pour faire face aux défis croissants liés à l’eau au Maroc.

Une politique hydraulique structurante

Le Maroc figure parmi les pays les plus avancés de la région en matière de politique de barrages. Le Royaume compte aujourd’hui 156 grands barrages totalisant une capacité supérieure à 20,8 milliards de mètres cubes, dont les taux de remplissage font l’objet d’un suivi quotidien. Parallèlement, 14 autres ouvrages sont actuellement en construction.

D’après les données du ministère de l’Équipement et de l’Eau, le taux de remplissage global atteignait 59,56% au vendredi 30 janvier 2026, soit près de 9,983 milliards de mètres cubes. Depuis le début de la semaine, les bassins ont reçu environ 1,65 milliard de mètres cubes d’eau, portant les apports cumulés depuis le 1er janvier à plus de 3,34 milliards de mètres cubes.

Omar Chafki souligne que cette politique volontariste a permis au Maroc de se doter d’infrastructures capables de jouer un rôle déterminant dans la gestion des ressources hydriques. Au-delà du stockage de l’eau potable et de l’irrigation agricole, ces ouvrages constituent une réserve stratégique essentielle, comme en témoigne la capacité du pays à atténuer les effets de sept années consécutives de sécheresse.

Les barrages contribuent également à la production d’énergie hydroélectrique et participent à la recharge des nappes phréatiques, renforçant ainsi la résilience hydrique nationale face aux aléas climatiques.

Mais leur fonction ne se limite pas à l’accumulation de l’eau. En période de fortes pluies, ils servent aussi de régulateurs naturels des débits. Ainsi, face à un flux pouvant atteindre 3.000 à 4.000 mètres cubes par seconde, un barrage permet de libérer des volumes calculés de manière à éviter tout impact sur les zones habitées.

Par Fatima Zahra El Aouni
Le 01/02/2026 à 10h14