Barrages: jusqu’à 124 millions de m³ perdus par an à cause de l’envasement

Barrage Al Wahda. (Y.Jaoual/Le360)

Les retenues des barrages perdent en moyenne 58 millions de m³ de capacité par an en raison de l’envasement, avec des pics pouvant atteindre 124 millions.

Le 17/03/2026 à 12h43

Les chiffres donnent le vertige. Chaque année, les retenues des barrages perdent en moyenne 58 millions de mètres cubes (m³) de capacité de stockage sous l’effet de l’accumulation de sédiments, selon le ministère de l’Équipement et de l’Eau.

Mais c’est la fourchette haute qui inquiète davantage. Lors des années qui se caractérisent par des conditions climatiques extrêmes et une érosion intense au niveau des bassins versants, ces pertes peuvent grimper jusqu’à 124 millions de m³, contre un plancher de 23 millions lors des années plus clémentes.

Ces pertes sont dues à l’envasement qui correspond à «l’accumulation progressive de particules solides transportées par les cours d’eau et les eaux de ruissellement et déposées dans les retenues», comme l’explique Amine Benjelloun, hydrologue,

L’intensité du phénomène dépend largement de l’état des bassins versants. Des sols fragilisés, souvent exposés à la sécheresse ou à une couverture végétale insuffisante, deviennent plus sensibles à l’érosion. Lors des épisodes pluvieux, les matériaux sont rapidement entraînés vers les retenues, fait savoir notre interlocuteur.

Identifier pour mieux intervenir

Conscient de l’enjeu, le Maroc a engagé depuis plusieurs années une stratégie en deux temps. En amont, les efforts portent sur la prévention, à travers la protection et la réhabilitation des bassins versants, la réalisation d’aménagements anti-érosifs, ainsi que des programmes de reforestation et de restauration des écosystèmes forestiers dégradés. Des études hydro-morphologiques sont également conduites pour identifier avec précision les zones les plus productrices de sédiments.

En aval, les mesures curatives prennent le relais, avec la vidange de certains barrages, le dragage des retenues les plus envasées et le rehaussement d’ouvrages existants lorsque les conditions techniques le permettent. C’est notamment le cas des barrages Mohammed V et Mokhtar Soussi, dont la surélévation figure parmi les options activement étudiées pour compenser les pertes de capacité accumulées.

Mais ces opérations se heurtent depuis plusieurs années à un obstacle de taille, celui de la sécheresse prolongée. «Des niveaux de remplissage historiquement bas ont rendu techniquement impraticables les chasses de sédiments, qui nécessitent des débits suffisants pour être efficaces. Le paradoxe est cruel, car c’est précisément lorsque l’eau manque le plus que les travaux de désenvasement sont les plus difficiles à mener», note Amine Benjelloun.

Les récentes pluies et crues importantes ont cependant offert une fenêtre d’opportunité. Grâce aux derniers apports d’eau importants, près de 85 millions de m³ de sédiments ont pu être évacués, selon le ministère de l’Équipement et de l’Eau.

Par Hajar Kharroubi
Le 17/03/2026 à 12h43