À Taourirt, janvier réveille les terres et ranime la confiance des agriculteurs

Un champ agricole dans la province de Taourirt (M.Chellay/Le360).

Le 24/01/2026 à 19h13

VidéoÀ Taourirt, dans les communes rurales de Gteter et la plaine de Tafrata, les pluies abondantes — accompagnées de chutes de neige — enregistrées en janvier ont changé la donne. Après plusieurs années de sécheresse, ces précipitations ravivent l’espoir des agriculteurs, redressent l’état des cultures céréalières et maraîchères, et redonnent de l’élan aux projets d’irrigation structurants soutenus par l’État.

Les champs verdoyants qui s’étendent aujourd’hui à perte de vue dans certaines zones rurales de la province de Taourirt disent, à eux seuls, le tournant de cette saison agricole. Tombées au moment opportun, les pluies tant attendues ont redonné souffle à des terres éprouvées par cinq années consécutives de sécheresse, insufflant un nouvel élan aux cultures céréalières comme aux maraîchages.

Au douar Ouled Bounaji, relevant de la commune de Gteter, l’optimisme est palpable. Sillons nets, jeunes pousses solidement implantées, humidité encore visible dans les sols: tout indique un retour progressif à une agriculture plus sereine. «Les pluies sont arrivées au bon moment, après des années très difficiles. Les céréales, notamment l’orge et le blé, se portent bien, et les légumes, plantés en fonction des conditions climatiques, montrent une croissance très encourageante», témoigne Youness, agriculteur de la région.

«La pluie a d’abord redonné vie aux agriculteurs. Cette saison s’annonce prometteuse: une production abondante, de bonne qualité, et une relative stabilité des prix — un équilibre bénéfique autant pour le producteur que pour le consommateur», affirme-t-il.

Dans cette zone, les petits pois et l’oignon figurent parmi les cultures les plus répandues. Les récoltes affichent une qualité satisfaisante, tandis que le prix des petits pois oscille entre 10 et 12 dirhams le kilogramme sur le marché de gros. «Les programmes publics, comme le Plan Maroc Vert et Génération Green 2020-2030, ont joué un rôle déterminant: ils ont soutenu les cultures céréalières et l’olivier, tout en améliorant la rentabilité des exploitations», souligne Youness.

À quelques kilomètres de là, dans la plaine de Tafrata, les effets des pluies se mesurent aussi à l’échelle d’un projet structurant: le projet d’irrigation royal, lancé en 2021. «Les dernières précipitations ont donné un coup d’accélérateur décisif à ce chantier», explique Lakhdar Farssi, président de l’Association d’irrigation Al Amal. «Des terres autrefois en jachère sont devenues productives grâce aux eaux du barrage Oued Za», précise-t-il.

Le projet s’étend sur près de 1.300 hectares au bénéfice d’environ 560 agriculteurs. Il est principalement axé sur l’olivier, tout en intégrant plusieurs cultures maraîchères, dont les petits pois, la fève, la pomme de terre et l’oignon. «Cette saison, la production a dépassé toutes les attentes, atteignant plus du double de celle de l’année précédente», ajoute Farssi.

Certaines cultures ont même tiré parti exclusivement des précipitations. «Le petit pois, par exemple, n’a pas nécessité d’irrigation ces derniers mois et a pourtant donné de très bons résultats», souligne-t-il. «La pluie ne fournit pas seulement de l’eau: elle améliore aussi la vigueur des cultures, limite certaines maladies et garantit une qualité supérieure à celle obtenue avec une irrigation classique», conclut-il, saluant au passage l’accompagnement de l’Office régional de mise en valeur agricole de la Moulouya.

Du côté des indicateurs, le constat est tout aussi encourageant. «La province de Taourirt a enregistré un cumul pluviométrique d’environ 74 millimètres, soit une hausse de 138% par rapport à la même période de l’an dernier», indique Anas Baha, ingénieur au sein de l’Office Régional de Mise en Valeur Agricole de la Moulouya (ORMVAM). «Ces précipitations ont eu un impact très positif sur les cultures automnales et hivernales, notamment dans la zone de Tafrata, actuellement engagée dans des phases sensibles de croissance, de floraison et de formation des grains», précise-t-il.

Selon ce technicien spécialisé, ces pluies ont également contribué à alléger les coûts d’irrigation et à raviver l’espoir des agriculteurs. «La superficie cultivée en légumes cette saison atteint environ 237 hectares. Malgré un début de campagne difficile, marqué par un déficit pluviométrique, la situation s’est nettement améliorée, laissant présager une bonne récolte si les conditions climatiques se maintiennent», conclut-il.

À Taourirt, les pluies de janvier ont ainsi fait bien plus qu’arroser les champs: elles ont restauré la confiance des agriculteurs et ravivé l’espoir d’une saison agricole réussie.

Par Mohammed Chellay
Le 24/01/2026 à 19h13