À deux pas de la plage de Aïn Diab et de Sindibad, un bout de terrain, situé sur le site de l’ancienne carrière de Sidi Abderrahmane, est devenu, depuis juillet 2025, un parc archéologique. «L’endroit a été rendu célèbre par la découverte en 1955, dans la grotte de littorines, d’une mandibule fragmentaire humaine, qui remonte à plus de 200.000 ans. Les recherches et les fouilles sur le site ont également livré des milliers d’outils, de pierres taillées ainsi qu’une riche faune fossile. Ce grand patrimoine de Casablanca est connu à l’échelle mondiale», peut-on lire sur sa présentation.
Cinq hectares où l’on respire l’air d’il y a 400.000 ou même 1,3 million d’années. Un projet qui sent le boulot acharné, la fierté locale et l’envie de montrer au monde que Casablanca n’est pas née d’hier, comme le souligne Abderrahim Mohib, co-directeur du programme «Préhistoire de Casablanca» et co-auteur de l’étude révélant la découverte de fossiles humains datant de 773.000 ans découverts à Casablanca.
On pousse la grille, on laisse la circulation de la corniche derrière soi et soudain le présent s’efface. Des silhouettes d’éléphants à défenses droites, un rhinocéros laineux figé dans les herbes hautes, un grand félix aux crocs impressionnants… Le décor est planté. On n’est plus à deux pas de la plage, on est au milieu d’un paysage qui existait quand nos ancêtres les plus lointains taillaient déjà la pierre ici même, sur ce littoral.
Inauguré le 16 juillet 2025, le parc archéologique de Sidi Abderrahmane occupe exactement l’ancienne carrière qui a fait la renommée scientifique du site. La fameuse mandibule de 1955 n’est que la partie visible d’un trésor bien plus vaste.
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Outils acheuléens par milliers, ossements d’hippopotames, de girafes géantes, de lions des cavernes… Autant de preuves que ce coin de Casablanca était un carrefour vital pour les hominidés il y a des centaines de milliers d’années. Aujourd’hui, grâce à un partenariat tenace entre le ministère de la Culture, les autorités locales et l’équipe scientifique maroco-française, ce lieu fragile a été sauvé de l’oubli et transformé en un espace de cinq hectares accessible à tous.
Au parc archéologique de Sidi Abderrahmane. (K.Sabbar/Le360)
La visite démarre dans le centre d’interprétation, un bâtiment de 900 m² clair et sans surcharge. Des salles qui racontent sans pédanterie l’histoire du littoral: comment la mer montait et descendait, comment les humains anciens vivaient au rythme des marées, comment ils taillaient leurs bifaces et affrontaient une faune impressionnante.
«Cet espace expose, à travers neuf espaces thématiques, l’histoire du littoral de Casablanca et son importance géologique, les fossiles humains découverts ici et leurs liens avec d’autres fossiles humains africains, la production lithique – autrement dit la façon dont on fabriquait les outils –, la faune associée avec les animaux qu’on a retrouvés sur place, et enfin un espace dédié aux découvertes exceptionnelles faites sur le territoire marocain. Tout cela montre clairement que la préhistoire au Maroc confirme aujourd’hui le rôle central et incontournable de ce pays pour répondre aux grandes questions stratégiques de notre histoire humaine», explique Abderrahim Mohib.
Dehors, le parcours principal «Dans les pas de l’Homme de Sidi Abderrahmane» s’étire sur plus de 2 kilomètres aller-retour. Seize stations jalonnées de totems et de tables expliquent la chasse en groupe, le contrôle du feu, la taille experte de la pierre. Partout, des reconstitutions animalières surgissent du paysage recomposé. On frôle presque un éléphant antique en tournant au coin d’un sentier. Les ateliers font le reste du charme.
Encadrement de visite scientifique au Parc de préhistoire de Sidi Abderrahmane.
Le site propose également des ateliers comprenant l’initiation à la fouille archéologique, la taille des outils préhistoriques, la maîtrise du feu, la chasse à la manière ancienne, ainsi que la sculpture et la reproduction d’empreintes d’animaux. Le tout dans une ambiance qui fait revivre les groupements humains (et pas que) ayant fréquenté Casablanca il y a longtemps.
Sous la métropole moderne, un passé vieux de millions d’années
Pour rappel, Casablanca occupe une place majeure dans la recherche préhistorique. Depuis près d’un demi-siècle, les fouilles menées dans le cadre de ce programme ont permis d’identifier plusieurs sites de référence retraçant les étapes les plus anciennes de l’évolution humaine. Parmi eux, le niveau L de la carrière Thomas I, daté d’un million trois cent mille ans, représente la plus ancienne trace d’occupation humaine connue au Maroc. La grotte à Hominidés, datée de 780.000 ans, et la grotte des Rhinocéros, datée de plus de 700.000 ans, offrent une documentation inédite sur les modes de vie de nos ancêtres.
Le gisement de Sidi Abderrahmane, daté entre 500.000 et 300.000 ans, accueille aujourd’hui le premier parc de préhistoire du pays. Quant au site d’Ahl al Oughlam, daté de 2,5 millions d’années, il constitue l’un des ensembles paléontologiques les plus riches d’Afrique, bien qu’aucune activité humaine n’y ait encore été identifiée.















