Dans une actualité saturée par les conflits et les fractures du monde, certains films viennent rappeler la force des récits qui rassemblent. Pour son premier long-métrage en tant que réalisateur, Mohammed Marouazi choisit précisément de raconter l’une de ces histoires rares, tout en ravivant la mémoire d’une singularité profondément marocaine: celle du vivre-ensemble.
Tourné à Larache, au gré des ruelles bleues et blanches de la médina, le film puise dans l’atmosphère singulière de cette ville portuaire. La caméra s’attarde notamment sur la symbolique place de la Tolérance, où coexistent à quelques pas les uns des autres trois cimetières — juif, musulman et chrétien — comme un rappel discret mais puissant d’une histoire marocaine marquée par la coexistence des cultures et des religions.
Avec Enterrement en sursis, Mohammed Marouazi met en scène une comédie dramatique délicate, nourrie d’humour, d’émotion et d’une pointe de suspense. Dans le vieux quartier de Larache, au nord du Maroc, Shlomo, incarné par Michel Boujenah, est retrouvé mort chez lui dans des circonstances troublantes. Dans une main, un chapelet; à ses côtés, un Coran. Très vite, la question de son identité religieuse se transforme en un dilemme presque kafkaïen: faut-il l’inhumer dans le cimetière juif ou dans le cimetière musulman?
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Autour de cette énigme s’entrelacent les destins de ceux qui lui étaient proches. Imad, interprété par Rachid Badouri, vit avec le poids d’une culpabilité tenace, persuadé d’être en partie responsable de la mort de son ami. De l’autre côté de l’Atlantique, David, le fils de Shlomo, joué par Neev, revient au Maroc avec une seule obsession: offrir à son père une sépulture digne.
Entre Larache et le Canada, entre passé et présent, le film tisse ainsi le récit d’une amitié qui défie la distance et le temps. Enterrement en sursis explore ce fil invisible qui relie les êtres au-delà des frontières et des croyances. Un film habité par le désir de réconcilier les vivants avec ceux qui leur manquent — et, peut-être aussi, un pays avec sa mémoire plurielle.








