L’écrivain et linguiste marocain Abdelghani Abou El Azm tire sa révérence

L'écrivain et linguiste Abdelghani Abou El Azm.

Le Maroc perd l’une de ses plus grandes plumes. Abdelghani Abou El Azm, écrivain, linguiste et lexicographe de renom, s’est éteint mercredi 18 mars à Rabat, à l’âge de 85 ans. Auteur d’une œuvre foisonnante, entre fiction littéraire et travaux lexicographiques de référence, il laisse derrière lui un héritage intellectuel et culturel d’une richesse inestimable.

Le 19/03/2026 à 14h42

Le monde des Arts et des Lettres est en deuil. L’écrivain et linguiste marocain Abdelghani Abou El Azm nous a quittés le mercredi 18 mars, à l’âge de 85 ans, après avoir courageusement lutté contre la maladie. Ses funérailles ont eu lieu ce jeudi 19 mars au cimetière Achouhada de Rabat.

Né à Marrakech en 1941, Abdelghani Abou El Azm a consacré sa vie à la langue arabe et à la culture marocaine, laissant derrière lui une œuvre aussi vaste que précieuse. Titulaire d’un master en pensée islamique de la prestigieuse université de la Sorbonne et d’un doctorat d’État en lexicographie de l’université Hassan II de Casablanca, il a su allier rigueur académique et sensibilité littéraire tout au long de sa carrière.

Professeur engagé et chercheur infatigable, il a dirigé l’unité de recherche et de formation en sciences de la langue arabe et lexicographie, le Centre de communication et de recherche culturelle ainsi que l’Association marocaine d’études lexicographiques, imprimant sa marque durable sur la vie intellectuelle du Maroc.

Son œuvre littéraire témoigne d’une plume à la fois élégante et profonde. Ses romans Le Sanctuaire et L’Autre Sanctuaire forment un diptyque autobiographique saisissant, qui retrace l’itinéraire d’une génération et documente les grandes mutations de la société marocaine. Son recueil de nouvelles Les Ombres de la vieille maison confirme quant à lui un talent narratif d’exception.

Sur le plan scientifique, ses contributions à la lexicographie sont considérables. Parmi ses publications majeures figurent Méthode et texte: Introduction à l’analyse linguistique statistique des textes littéraires, Dictionnaire scolaire: Fondements et méthodes, Dictionnaire concis, Dictionnaire de conjugaison des verbes, ainsi que Culture et société civile. Il a également assuré la traduction de l’ouvrage de référence de Haïm Zafrani, Mille ans de vie juive au Maroc, et réalisé l’édition critique de La Chose la plus précieuse recherchée d’Ibn Tumart.

Le couronnement de cette œuvre monumentale reste sans conteste Al-Ghani Az-Zahir, dictionnaire en quatre volumes qu’il a entièrement rédigé, et dont le titre, Le riche et le florissant, résume à lui seul l’ambition et la générosité de toute une vie au service des mots. Son dernier ouvrage, Dictionnaire de linguistique historique: Méthodologie et sources, témoigne d’une curiosité intellectuelle intacte jusqu’au bout.

En 1996, le Prix du Livre du Maroc dans la catégorie «Créativité» est venu consacrer officiellement une carrière d’exception.

Avec la disparition d’Abdelghani Abou El Azm, le Maroc perd l’un de ses plus grands intellectuels, un homme qui aura passé sa vie entière à enrichir, défendre et magnifier la langue arabe. Son héritage, lui, demeure vivant dans chaque page qu’il a écrite.

Par Qods Chabâa
Le 19/03/2026 à 14h42