Interview. Après 10 ans d’absence, les confidences de Malek pour son grand retour

Malek Belarbi, chanteur-compositeur. (K.Essalak/Le360)

Le 13/04/2026 à 10h28

VidéoAprès dix ans d’absence, Malek retrouve la scène marocaine avec un concert acoustique et rétrospectif à Casablanca. Nourri par ses années passées entre Beyrouth, Paris et les États-Unis, l’artiste revient à une formule épurée, intime, et amorce une nouvelle étape de sa carrière, à l’aube d’une tournée nationale célébrant 45 ans de musique. Entretien.

Après dix ans d’absence, Malek a signé son retour sur scène avec un concert événement vendredi 10 avril au Studio des Arts Vivants à Casablanca. Un rendez-vous très attendu, qui marque les retrouvailles entre l’artiste et son public.

Pensée dans une formule acoustique et rétrospective, la soirée propose une relecture épurée de l’essentiel de son répertoire, dans un face-à-face intime porté par la voix et les instruments. Ce concert inaugure une nouvelle étape pour l’artiste, qui entamera à l’automne une tournée nationale à travers les principales villes du Maroc, célébrant ainsi 45 ans de carrière sur scène.

Le360: Vous êtes de retour au Maroc avec un concert rétrospectif, après une absence de dix ans. Où étiez-vous tout ce temps?

Malek: J’ai beaucoup bougé. J’ai vécu au Liban, à Paris, et passé de longs séjours aux États-Unis. Je faisais de la musique, mais loin des scènes marocaines. J’avais envie de découvrir autre chose, de voir ce qui se passait ailleurs.

Vous avez donc souhaité, à un moment, vous retirer de la scène artistique?

Disons que ça correspondait à des passages de vie, des étapes où l’on se demande si ça ne vaut pas le coup de voir que la vie existe ailleurs aussi. Je ne regrette rien, au contraire, cela m’a donné plus d’énergie, plus de matière à emmagasiner.

«J’ai retenu les titres qui fonctionnent en voix-guitare, comme Tanger, et que j’ai envie de réaborder dans leur essence première.»

—  Malek Belarbi, chanteur-compositeur

Qu’avez-vous pu explorer durant cette période?

Quand on se consacre entièrement à un domaine, on finit parfois par tourner autour de son propre univers sans s’en rendre compte. Lorsque j’ai eu l’opportunité de partir au Liban, l’expérience m’a profondément marqué. Cette région m’attire depuis longtemps, et de nombreuses causes qui s’y jouent me touchent particulièrement. Vivre sur place, au contact d’un peuple cultivé et courageux, a été bouleversant. Des femmes et des hommes qui ont traversé l’horreur, mais qui continuent à se tenir debout, à exister, à préserver leur sens de l’humour. C’était absolument incroyable. J’y ai noué des amitiés pour la vie.

Ce nouveau souffle vous a paradoxalement permis de renouer avec votre carrière passée. Comment ce concert s’est-il décliné?

L’idée est de revenir à l’essentiel, au brut. J’ai puisé dans une dizaine d’albums personnels pour sélectionner des chansons capables de se suffire à un arrangement acoustique, voix et instruments. Certains de mes succès reposent sur une rythmique plus dense et ne se prêtent pas à cet exercice. J’ai donc retenu des titres qui fonctionnent en voix-guitare, comme Tanger, pas forcément les chansons les plus connues, mais que j’ai souvent interprétées sur scène et que j’ai envie de revisiter dans leur essence première. Il y a derrière cela une volonté de partage presque intime avec le public.

«Chanter aujourd’hui des chansons écrites à vingt ans, c’est une réappropriation totalement différente.»

—  Malek Belarbi, chanteur-compositeur

Est-ce que cette formule traduit aussi une forme de maturité dans votre rapport à la musique?

Je pense que oui. C’est d’ailleurs un exercice fascinant: chanter aujourd’hui des chansons écrites à vingt ans, c’est une réappropriation totalement différente. Il y a une chanson qui a eu un succès important à l’époque, La Mal Vie, l’une des premières à m’avoir fait connaître du public. J’estimais qu’elle était presque un accident dans mon répertoire, et l’effet pervers d’un tube, c’est qu’on vous le réclame indéfiniment. Ça m’a tellement étouffé que je ne l’ai plus chantée vingt-cinq ans durant. Il y a deux ou trois ans, je l’ai réinterprétée, parce que j’ai changé. Aujourd’hui, celui qui l’interprète a simplement trois fois l’âge de celui qui l’avait écrite.

Durant cette phase de distance, avez-vous continué à créer?

J’ai produit beaucoup de musique, moins de textes. Mais j’ai un album qui sort bientôt sur toutes les plateformes, terme qui m’agace, mais on est bien obligé de s’adapter. Ce n’est pas un album de chansons à proprement parler. C’est un hommage aux grands textes classiques qui m’ont marqué à mes débuts et donné envie d’écrire: Baudelaire, Rimbaud, ce genre d’univers. Ce n’est pas chanté. C’est dit, récité, sur des musiques originales très contemporaines. J’ai co-créé cet album avec le jazzman Michel Montoyat. On a transformé une maison en pleine nature en studio. C’était un rêve. L’album s’appellera certainement «Et leurs baisers au loin les suivent». Ça ne se vendra pas à des milliers d’exemplaires, c’est sûr, mais j’avais envie de le faire, alors je l’ai fait.

Par Qods Chabâa et Khalil Essalak
Le 13/04/2026 à 10h28