Dans la vie d’un storyteller: rencontre avec le chanteur Amine Benkiran

Amine Benkiran, auteur-compositeur-interprète.

Le 08/03/2026 à 11h27

VidéoAuteur, compositeur et interprète, Amine Benkiran fait partie de ces artistes qui privilégient la sincérité à la facilité. Ancien leader du groupe Ekinox, il a peu à peu tracé sa propre route, porté par une écriture sensible et une voix éraillée. Entre guitare acoustique, ballades intimistes et textes inspirés de son propre vécu, ce jeune artiste casablancais se veut storyteller: raconter des émotions personnelles pour toucher l’universel. Interview.

Sur la scène musicale marocaine, certains artistes avancent loin du bruit et des formats préfabriqués. C’est le cas de Amine Benkiran. Auteur, compositeur et interprète dont les influences rock et folk lui permettent de construire un univers musical singulier, nourri par la vie, la famille et les émotions qui le traversent.

Dans un petit espace de son domicile, aménagé en coin de création, Amine Benkiran garde toujours sa guitare à portée de main. Chez lui, la composition n’obéit ni aux horaires ni aux codes: elle surgit au gré des émotions, d’un souvenir ou d’une simple mélodie improvisée sur l’instant.

Après s’être produit sur des scènes emblématiques comme celles de L’Boulevard ou de Jazzablanca, l’artiste poursuit aujourd’hui un parcours plus personnel. Ses concerts, désormais plus intimistes, privilégient la proximité avec le public, là où ses chansons prennent toute leur dimension.

Le360: Comment vous présenteriez-vous aujourd’hui?

Amine Benkiran: Je suis à la fois papa, musicien et artiste. J’écris des chansons et je travaille également sur des projets audiovisuels. Mais ce qui me tient le plus à cœur reste la dimension artistique. Je compose depuis longtemps et j’avance à mon rythme, en évoluant autant comme être humain que comme artiste.

Pourquoi avoir installé votre espace de travail chez vous?

Ce n’est pas vraiment un choix, et ce n’est pas non plus mon seul lieu de travail. Je compose un peu partout, mais j’ai toujours une guitare acoustique avec moi. Une idée peut surgir à n’importe quel moment, sans prévenir. On ne peut pas être prêt pour l’inspiration, mais on peut au moins essayer de ne pas la laisser filer. Chez moi, je pose d’abord une base, une structure. Ensuite, avec Rkov, mon producteur, nous retravaillons le son, nous affinons les arrangements avant de passer à l’enregistrement.

D’où vous vient cette passion pour la musique?

J’ai toujours aimé la musique, mais ce n’est pas une histoire de famille. À la maison, on écoutait ce qu’on avait, sans vraiment choisir. C’était une autre époque. On découvrait par curiosité, par hasard aussi. Plus tard, à l’adolescence, on commence à se forger ses propres goûts, ses propres références. C’est là que la musique devient quelque chose de plus personnel.

Quelle scène a le plus marqué votre parcours?

J’ai eu la chance de jouer sur de grandes scènes, mais avec le temps, je me rends compte que ce ne sont pas forcément celles qui me touchent le plus. Aujourd’hui, je suis très attaché aux concerts intimistes. Des salles plus petites, une proximité réelle avec le public. On sent les réactions, les silences, les émotions. Les gens viennent vous parler après, vous dire ce que tel morceau leur a rappelé. Pour moi, c’est ça la vraie réussite d’un concert.

Rêvez-vous d’une scène en particulier?

Pour moi, ce n’est pas la scène qui fait le concert. Mais bien sûr, il existe des lieux mythiques qui font rêver. Si je devais en choisir un, je dirais l’Olympia de Paris.

Entre chanteur, auteur et compositeur, quelle facette vous définit le mieux?

Je dirais plutôt singer-songwriter. Nous sommes avant tout des storytellers. Pas forcément les plus grandes voix, ni les plus grands musiciens, mais des artistes qui portent un regard singulier sur la vie et sur les émotions qu’ils traversent. Ce qui compte le plus pour moi, c’est d’écrire de belles chansons, sincères, puis de les interpréter avec justesse.

Est-ce plus difficile d’écrire des chansons personnelles?

Cela dépend des artistes. Pour ma part, ce que je trouve le plus difficile, c’est d’écrire des chansons heureuses. En général, j’essaie surtout de raconter ce que je ressens, ce que je traverse, sans enfermer le sens. L’idée n’est pas de documenter une histoire, mais de transmettre une émotion. Quand quelqu’un s’approprie une chanson pour une raison totalement différente de la mienne, je me dis que j’ai peut-être réussi quelque chose.

Quelle différence faites-vous entre l’expérience du groupe et le solo?

Même en solo, je ne suis presque jamais seul sur scène. J’ai besoin de musiciens autour de moi. Le groupe, c’est une aventure humaine très forte, presque fraternelle. Mais c’est aussi quelque chose de difficile à maintenir dans la durée: il faut que chacun avance au même rythme, avec la même énergie et les mêmes envies. La carrière solo est souvent une conséquence des circonstances, mais elle offre aussi une liberté totale dans la création.

Quel regard portez-vous sur les plateformes de streaming?

Elles ont clairement rapproché les artistes du public. Elles permettent aux artistes indépendants d’exister, de diffuser leur musique sans passer par des circuits traditionnels. Bien sûr, la question de la rémunération se pose, mais cette liberté est précieuse. On fait tout nous-mêmes, avec des moyens modestes, mais on reste maîtres de nos choix artistiques.

Quels sont vos projets à venir?

Plusieurs concerts sont prévus dans la continuité de ce que je fais actuellement, ainsi que quelques premières parties d’artistes après le Ramadan, que je ne peux pas encore dévoiler. Et surtout, je travaille sur un nouvel album. Cette fois, il sera porté par un groupe plus large, avec une énergie plus brute, plus intense, peut-être aussi plus bruyante. Nous avons trouvé une direction et nous avons envie de faire les choses sérieusement.

Après avoir dédié des chansons à votre femme et à votre fille, pensez-vous en écrire une un jour pour votre fils?

Cela viendra sans doute un jour. Souvent, l’écriture naît d’un moment, d’une émotion particulière. L’amour d’un père pour ses enfants est immense, donc forcément cela finira par se traduire en musique. Mais je préfère laisser les choses venir naturellement.

Par Ryme Bousfiha et Abderrahim Et-tahiry
Le 08/03/2026 à 11h27