Ce quartier à vocation religieuse, marqué par une forte identité culturelle marocaine, n’est pourtant pas ancien au sens historique du terme. «Il a été construit au début de la période coloniale et le premier édifice à y voir le jour fut le Palais royal», explique Mohammed Kazdar, guide culturel.
À proximité du Palais royal se dresse la mosquée Mohammadi, édifiée entre 1934 et 1936 par l’architecte français Auguste Cadet. Pour sa conception, celui-ci s’est inspiré de trois modèles majeurs de l’architecture islamique: la Mosquée Koutoubia à Marrakech, la Mosquée Al Quaraouiyine à Fès, ainsi que le Patio des Lions de l’Alhambra à Grenade. Le style de la mosquée reprend ainsi les codes des grandes mosquées traditionnelles du Maroc, tant dans ses volumes que dans son décor.
Quant au tribunal du Pacha, il constitue, selon Mohammed Kazdar, le dernier grand monument construit dans le quartier des Habous. Sa construction, également confiée à Auguste Cadet, s’est étalée de 1941 à 1952, en pleine Seconde guerre mondiale.
Cette période marquée par la pénurie de matières premières, notamment de fer, a profondément influencé son architecture. Le bâtiment adopte ainsi un style beldi marocain, comme dans les villes historiques où l’on privilégiait la pierre et les matériaux locaux. L’édifice conjugue une allure extérieure rappelant les anciennes forteresses, tout en intégrant des éléments typiquement marocains, tels que les toits en tuiles vertes et la sculpture sur pierre. L’ensemble témoigne d’un dialogue subtil entre architecture marocaine et influences européennes classiques.
Au-delà de son esthétique, le quartier des Habous a également joué un rôle social et culturel majeur. «C’était un quartier entièrement marocain, où les étrangers ne résidaient pas. L’objectif était de créer une société homogène rassemblant les différentes composantes de la communauté marocaine», souligne le guide.
Ainsi, le visiteur y retrouve les mêmes fonctions urbaines et les mêmes structures que dans les villes impériales comme Fès ou Meknès: médersas, commerces traditionnels, espaces religieux et institutions judiciaires. Cette organisation explique les flux migratoires en provenance de plusieurs villes historiques vers ce quartier, contribuant à forger son identité et sa place singulière au sein de la société casablancaise.








