Casa: des sites, une mémoire (EP 5). Le Phare d’El Hank, monument iconique et guide maritime de la métropole

Le Phare d’El Hank. (S.Belghiti/Le360)

Le 05/03/2026 à 16h00

VidéoÉrigé entre 1916 et 1921 par l’architecte Albert Laprade, le phare d’El Hank témoigne de plus d’un siècle d’histoire maritime et architecturale de la métropole. Dans ce nouvel épisode de «Casa: des sites, une mémoire», nous vous proposons une immersion au cœur de cette sentinelle de 51 mètres qui, après avoir sécurisé l’essor portuaire de la ville, demeure aujourd’hui l’un des emblèmes les plus marquants du patrimoine casablancais.

À l’extrémité de la corniche, le phare d’El Hank veille sur le littoral casablancais depuis plus d’un siècle. Construit entre 1916 et 1921 par l’architecte français Albert Laprade, cet édifice culminant à 51 mètres ne se limite pas à un simple repère pour la navigation: il incarne également une période charnière durant laquelle Casablanca s’est affirmée comme une ville ouverte sur le monde. «Ce bâtiment associe le style classique des phares des côtes atlantiques à une forte empreinte d’inspiration islamique», explique l’architecte Karim Rouissi.

L’histoire de ce monument commence réellement en 1907. À cette époque, l’activité portuaire explose pour exporter les richesses agricoles de la Chaouia, mais la baie de Casablanca devient un cimetière marin. Après le traité d’Algésiras en 1906, qui confie aux Français la construction du port, les accidents se multiplient.

«Les bateaux qui arrivaient au port subissaient de nombreux accidents et plusieurs navires ont coulé dans les parages de Casablanca», rappelle Rouissi. C’est pour stopper cette série de naufrages que le Protectorat décide, en 1916, de lancer le chantier de cette tour afin de guider les navires vers le nouveau port.

Le projet est confié à Albert Laprade, figure majeure de l’architecture française. Avant de porter son regard sur le Maroc, l’architecte avait mené un important travail de documentation sur les architectures régionales en France, puis parcouru l’Espagne, l’Italie et le Portugal. Fort de ce bagage, il entreprend au Maroc une étude approfondie de l’ingénierie et des formes architecturales arabo-islamiques, andalouses et amazighes, afin d’en comprendre les codes esthétiques et décoratifs.

Le génie de l’architecte réside dans cette fusion des cultures. Loin de copier les modèles européens, il livre une œuvre hybride, un «mélange entre le minaret d’une mosquée et un phare moderne». En adaptant l’esthétique et les éléments horizontaux des lieux de culte à la verticalité d’une tour de signalisation, l’architecte a conçu un bâtiment où la fonction utilitaire coexiste avec une recherche stylistique spécifique.

Avec ses 51 mètres de hauteur, le phare d’El Hank est resté pendant de longues années la plus haute construction de Casablanca, une distinction qu’il a conservée jusque dans les années 50. Aujourd’hui encore, il demeure le plus grand phare du Maroc, symbole d’une fusion réussie entre technicité moderne et tradition architecturale locale.

Par Achraf El Hassani
Le 05/03/2026 à 16h00