Dans les dédales de la cité sultane de Tiznit, la babouche du Souss s’impose comme une sentinelle du temps. Indifférent aux modes éphémères, ce soulier traditionnel confirme sa suprématie sur les marchés locaux et nationaux, devenant l’accessoire indissociable des grandes célébrations. Si ce fleuron de l’artisanat du Souss-Massa conserve aujourd’hui toute sa modernité, il le doit à une poignée de maîtres artisans qui veillent, jour après jour, à maintenir sa compétitivité sur un marché de plus en plus exigeant.
Parmi ces gardiens du temple figure Abderrahman Touil, artisan chevronné installé dans la cité depuis plus de seize ans. Pour lui, l’histoire de ce produit est le miroir de celle de la ville: «La babouche du Souss possède une histoire ancestrale, aussi ancienne que la ville de Tiznit elle-même», explique-t-il.
Un héritage qui séduit bien au-delà des frontières régionales, attirant aussi bien les habitants du Souss que les voyageurs étrangers. Captivés par ce cachet singulier, ces derniers n’hésitent pas à immortaliser l’article en photo, comme un hommage à la cité qui les accueille chaque année.
C’est dans ce décor chargé d’histoire, au cœur de l’atelier de Abderrahim, situé à «Zenqat Imzilen», que la magie opère. Sous ses doigts experts, le cuir de chèvre, minutieusement sélectionné pour sa robustesse et sa capacité à défier le temps, se métamorphose peu à peu.
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L’artisan y intègre des motifs chargés de symboles: «Dans cet espace, nous créons des babouches aux motifs variés, avec des emblèmes qui ont des significations historiques profondes pour la région, comme le poignard ou la Tazarzit». On y retrouve également des modèles spécifiques, de la «Takendift» à la «Tanashbalt», parfois agrémentées de perles fines ou de velours travaillé.
Le choix de la matière première constitue une étape cruciale pour garantir l’excellence du produit fini. Si le cuir brut est importé de centres de tannage renommés tels que ceux de Taroudant, Marrakech ou Fès, la transformation demeure une affaire purement locale. Le savoir-faire est tel que la productivité ne se fait jamais au détriment de la qualité. «Le processus de fabrication ne requiert pas un délai excessivement long. Nous pouvons préparer une collection entière en une seule journée afin qu’elle soit immédiatement mise à la disposition de nos clients», précise Abderrahman Touil.
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Ce succès culmine lors des fêtes religieuses et durant la saison estivale, période où les Marocains du monde deviennent les premiers ambassadeurs de ce patrimoine. Pour eux, chausser la «Belgha» est un acte symbolique fort, une manière d’exprimer leur attachement indéfectible à leur culture, à leur patrimoine local et à leurs racines, qu’elles soient du Souss ou du Sahara.
Côté tarifs, cet artisanat d’art demeure accessible, contribuant ainsi à sa démocratisation. Les modèles masculins s’échangent entre 60 et 170 dirhams, tandis que les versions féminines, plus richement ornées, peuvent atteindre 210 dirhams selon la finesse des finitions.
Pour les artisans de Tiznit, l’enjeu dépasse désormais le seul cadre commercial: il s’agit de préserver un héritage dont les résonances historiques façonnent l’identité profonde du Souss et, par extension, celle du Maroc tout entier.








