Archéologie: une nouvelle étude confirme l’origine marocaine de l’Homo sapiens

Pour les chercheurs, la morphologie des hominines de Casablanca se situe à proximité de la séparation entre les lignées africaine et eurasienne. DR

Parue le 7 janvier dans la revue scientifique «Nature», une nouvelle étude vient renforcer l’hypothèse d’une origine africaine, et plus précisément marocaine, de la lignée ayant conduit à Homo sapiens. En s’appuyant sur des fossiles découverts à Casablanca et datés avec une grande précision à 773.000 ans, les chercheurs apportent des éléments déterminants à un débat scientifique ancien sur les origines de l’humanité moderne.

Le 08/01/2026 à 08h20

Comprendre l’histoire évolutive de Homo sapiens, des Néandertaliens (Homo neanderthalensis) et des Dénisoviens repose depuis des décennies sur des analyses morphologiques, génétiques et archéologiques issues de nombreux sites en Europe et en Afrique. Si les données paléogénétiques situent le dernier ancêtre commun de ces lignées entre 765.000 et 550.000 ans, sa localisation géographique et ses caractéristiques morphologiques demeuraient jusqu’à présent incertaines.

Nos origines à la lumière d’une nouvelle découverte

Jusqu’ici, certains fossiles européens, notamment ceux d’Homo antecessor découverts à Gran Dolina, sur le site d’Atapuerca en Espagne, et datés entre 950.000 et 770.000 ans, avaient été proposés comme candidats possibles à cet ancêtre commun. Toutefois, l’ensemble des fossiles d’Homo sapiens datés avec certitude à plus de 90.000 ans ont été retrouvés en Afrique ou aux marges de l’Asie, suggérant une origine africaine plutôt qu’eurasienne de notre espèce.

C’est dans ce contexte que s’inscrit la nouvelle étude co-dirigée par Abderrahim Mohib (INSAP), Rosalia Gallotti (Université Paul-Valéry Montpellier 3 & LabEx Archimède) et Camille Daujeard (Muséum national d’Histoire naturelle/CNRS–HNHP), et fondée sur l’analyse de fossiles d’hominines mis au jour dans la Grotte à Hominidés de la Carrière Thomas I, à Casablanca.

Découverts dans un contexte stratigraphique incontestable, ces vestiges —dents, fragments de mâchoires et vertèbres— ont été datés d’environ 773.000 ans grâce à une méthode basée sur l’inversion du champ magnétique terrestre survenue à cette période. Les fossiles se situent précisément dans les couches géologiques correspondant à cet événement, offrant une datation jugée «très, très précise» par les chercheurs.

Ces hominines présentent une morphologie singulière, associant des traits primitifs et des caractères dérivés qui rappellent à la fois Homo sapiens plus tardifs et certains hominines archaïques eurasiens. Selon les auteurs, ils appartiendraient probablement à une forme évoluée d’Homo erectus sensu lato en Afrique du Nord, comparable, sur certains aspects, à Homo antecessor en Europe.

Les chercheurs soulignent toutefois des différences notables entre les fossiles marocains et les fossiles espagnols. Si les fossiles de Casablanca et d’Atapuerca partagent plusieurs caractéristiques dentaires et mandibulaires, ils montrent toutefois des signes de différenciation régionale déjà marqués à cette époque.

Ces résultats éclairent les populations africaines bien antérieures aux plus anciens fossiles d’Homo sapiens découverts à Jebel Irhoud, également au Maroc, et datés de 300.000 ans. Ils constituent surtout une preuve solide de l’existence d’une lignée africaine ancestrale à notre espèce. Pour Jean-Jacques Hublin, paléoanthropologue et principal auteur de l’étude, ces découvertes comblent un «trou dans la documentation fossile en Afrique» concernant cette période clé de l’évolution humaine.

Les hominines de Casablanca

Le site de la Grotte à Hominidés, découvert en 1969 sur la côte atlantique de Casablanca, était occupé de manière intermittente par des hominines utilisant des outils en pierre de tradition acheuléenne, tout en servant également de repaire à des carnivores. Un fémur humain portant des traces de consommation, probablement par une hyène, avait d’ailleurs déjà fait l’objet d’une étude antérieure.

Pour les chercheurs, la morphologie des hominines de Casablanca se situe à proximité de la séparation entre les lignées africaine et eurasienne. Ces travaux concordent avec les données paléogénétiques et renforcent l’idée que la divergence entre la lignée menant à Homo sapiens et celle des Néandertaliens et Dénisoviens aurait commencé plus tôt qu’on ne le pensait, possiblement entre 750.000 et 550.000 ans.

Dans un commentaire publié dans Nature, le paléobiologiste Antonio Rosas estime que cette étude renforce l’idée désormais largement partagée selon laquelle les origines de Homo sapiens et de son dernier ancêtre commun avec les Néandertaliens et les Dénisoviens se situent en Afrique. Elle souligne également le rôle central du Maghreb dans la compréhension de l’émergence de notre espèce.

Enfin, si le Proche-Orient est considéré comme la principale route de sortie d’Afrique des hominines, les chercheurs n’excluent pas l’existence d’échanges ponctuels entre l’Afrique du Nord et le sud-ouest de l’Europe, notamment via le détroit de Gibraltar, lors de périodes de baisse du niveau de la mer. Les fossiles de Casablanca constituent ainsi, selon Jean-Jacques Hublin, «un jeton de plus» en faveur de cette hypothèse, sans remettre en cause l’ancrage africain des origines d’Homo sapiens.

Par La Rédaction
Le 08/01/2026 à 08h20