Merci la France

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ChroniqueIl faudra penser à remercier nos amis français. Et si vous ne savez pas pourquoi, eux savent pourquoi.

Le 27/08/2022 à 08h56

Je le fais ici au nom de cette petite communauté de Marocains «frappés» par la nouvelle politique des visas décidée à Paris. Je leur dis merci. Cette politique est formidable parce qu’elle frappe le riche et le pauvre, à droite et à gauche, sans distinction, elle est aveugle et rageuse comme ce gosse à qui on bande les yeux et on dit: «Allez gamin, frappe le premier venu, frappe, frappe!»

Alors le gamin frappe, et il vise la tête. Parce que c’est plus jouissif?

L’idée, parait-il, est d’humilier avant tout les élites marocaines, celles et ceux qui avaient l’habitude de se rendre en France les yeux fermés ou presque. Changement de stratégie. Cette fois, il s’agit de dire non à ces gens sans même examiner leurs dossiers, mais après les avoir fait mariner des semaines durant.

Ces élites n’ont qu’à payer, faire la queue, partir et revenir pour une énième pièce manquante, produire de nouvelles preuves de leur solvabilité, multiplier les photocopies, les appels, les convocations et les allers-retours. Encore et encore.

Et puis elles n’auront qu’à attendre, attendre, attendre. Et au final on leur dira non, allez voir ailleurs et basta!

J’imagine la tête de celui qui a imaginé le stratagème. Ses yeux ont dû briller comme ce gamin qui croit avoir décroché le jackpot parce qu’il tient enfin un pigeon à la main. «Je l’ai eu, regardez, regardez, je l’ai eu!»

Quelqu’un a bien du tenter de le calmer en objectant: «Mais… pourquoi?» Et la réponse a fusé, définitive: «Mon ami, si tu ne sais pas pourquoi, eux savent pourquoi!»

Et remballez, l’affaire est pliée!

Avec cette nouvelle politique des visas, la crise entre les deux pays amis bascule dans la caricature. Je t’aime et je te boude, je te tourne le dos. Au-delà des tenants et des aboutissants de cette crise, où il faudra chercher du politique, de l’économique et du sécuritaire, il ne faudra pas oublier le n’importe quoi. C’est la partie visible de l’iceberg.

Résultat des courses? Il faut voir, cela dépend des objectifs. Mais, pour rester polis, on dira merci. Malgré tout.

Francophones et francophiles, ces élites marocaines feront comme les amoureux transis. Une fois le choc amorti, ils iront boire un coup et se retrouveront de nouveau libres et ouverts à de nouvelles expériences. Situation amoureuse? C’est compliqué.

Ils iront voir si l’herbe est plus verte en Espagne ou au Portugal. Ils découvriront les douceurs de l’Italie, de la Belgique, de l’Allemagne. Ils se tourneront vers le tourisme dit intérieur, c’est-à-dire halal et familial. Ils enverront leurs gosses faire des études en Chine ou en Grande-Bretagne.

Bien sûr, tant que le Maroc oubliera d’appliquer le principe de la réciprocité, ces élites continueront à recevoir leurs parents et amis de France. Ils liront de loin en loin les journaux français ou ce qu’il en reste. Ils amélioreront leur espagnol, leur italien.

En ce qui me concerne, j’ai une soudaine et furieuse envie de Mexique, de Pologne, de Slovaquie. Rien de grave docteur, et merci.

Par Karim Boukhari
Le 27/08/2022 à 08h56