Allez les Lions, encore une victoire!

Karim Boukhari.

ChroniqueMaintenant, je vais vous expliquer pourquoi le Maroc a fini par gagner cette demi-finale. Et ce n’est vraiment pas ce que vous croyez…

Le 17/01/2026 à 09h00

Pour gagner le droit de jouer demain la finale de la CAN face au Sénégal, le Maroc a du éliminer le Nigéria. J’ai tout fait pour regarder ce match au stade, en vain. Alors je l’ai vu avec les miens, au bistrot. Et c’est comme à la maison. Nous sommes une famille d’amis et d’inconnus, tous mordus par la passion du foot et du pays, tous sélectionneurs et analystes en l’âme (aujourd’hui on dit «fhamator»), tous au bord de la crise de nerfs.

Le moment le plus palpitant fut sans doute celui de l’hymne national, repris comme une chorale d’enfant exécutée par une armée d’adultes. Chaque mot, hurlé plus que chanté, résonne et prend du sens. Et en parlant de sens, certains mots en portent plusieurs, alors que d’autres constituent toujours un épais mystère. Certains de mes amis s’en émeuvent encore, une petite polémique éclate d’ailleurs à propos des «tafassir» (interprétations) de ces passages, mais elle est vite éteinte. On a tous la tête ailleurs.

Je suis emporté par mon élan et je joue des coudes avec mon voisin, un vieux monsieur qui porte un beau chapeau noir. Je lui présente mes excuses les plus plates. Il me répond avec un clin d’oeil: «Machi mouchkil, aucun problème, pourvu qu’on gagne! Ya rabbi ya rabbi!».

Quand le match démarre, l’air devient irrespirable. Il est si épais qu’on pourrait le découper au couteau. Nos derniers neurones tombent en panne. On réfléchit avec le cœur, définitivement. Tout le monde parle en même temps, parfois un inconnu vous apostrophe sans raison, et en vous prenant le bras: «Oui, oui, je vous l’ai dit!».

«Alors les lions marocains pressent et se battent sur toutes les balles. Mais les eagles nigérians en font. C’est une équipe redoutable. Qui fait peur. Ce n’est pas que du foot. Quelqu’un se met à réciter le Latif, que nos ancêtres chantaient en temps de guerres ou de calamités naturelles…»

Mais qu’est-ce qu’il a dit? Peu importe. Pas le temps de s’arrêter pour reprendre son souffle ou revenir en arrière. Peine perdue, mon frère. Le plus important c’est le match, ce Maroc–Nigéria touffu, étouffant, où les joueurs, comme l’un d’eux le dira plus tard, donnent l’impression de jouer comme si leur vie en dépendait.

Les Marocains font un match titanesque, c’est du moins ainsi que notre cœur les regarde et les juge. Le cœur peut se tromper, mais il ne ment jamais. Alors les lions marocains pressent et se battent sur toutes les balles. Mais les eagles nigérians en font. C’est une équipe redoutable. Qui fait peur. Ce n’est pas que du foot. Quelqu’un se met à réciter le Latif, que nos ancêtres chantaient en temps de guerres ou de calamités naturelles…

Maintenant, je vais vous expliquer pourquoi le Maroc a fini par gagner cette demi-finale. Et ce n’est vraiment pas ce que vous croyez… Avant la séance des pénaltys, une jeune inconnue débarque au bistrot et se trouve tout de suite une petite place. Tout le monde la regarde et se regarde avec un mélange de crainte et de suspicion. Un murmure traverse les tables: «Et si c’était une Nigériane? Et si elle débarquait pour nous porter la poisse (le fameux taqwass)».

Quand, peu après, on a su qu’elle était Sénégalaise et qu’elle vibrait pour les Lions de l’Atlas, la tension est vite redescendue et on a su que Bono allait nous envoyer en finale, quelque chose de très fort nous le disait… Allez les Lions, encore une victoire pour conclure en beauté cette CAN pluvieuse et riche en émotions.

Par Karim Boukhari
Le 17/01/2026 à 09h00