Au sein du département chargé de la pêche maritime, de fortes tensions opposent actuellement différents groupes d’influence du secteur. C’est ce qu’indique le quotidien Assabah dans son édition du mercredi 18 février, citant une source bien informée. Ces rivalités se sont accentuées à la suite de décisions prises par Zakia Driouich, secrétaire d’État chargée de la pêche maritime, dans un contexte marqué par des enjeux économiques majeurs liés à l’exploitation et à la commercialisation des ressources halieutiques.
La dernière manifestation de ces tensions s’est traduite par une confrontation ouverte entre plusieurs dizaines de grandes entreprises industrielles et l’administration de tutelle. À l’origine de ce bras de fer figure une décision imposant l’interdiction et la restriction de l’exportation de sardines congelées pour une durée d’une année complète. La source précitée estime que cette mesure est perçue par certains opérateurs comme favorisant indirectement d’autres acteurs économiques du secteur, alimentant ainsi les soupçons d’un traitement différencié.
«Près de quarante entreprises, comptant parmi les plus importantes unités industrielles spécialisées dans la congélation et la mise en conserve des produits de la mer, se sont engagées dans une opposition directe avec les autorités compétentes», écrit Assabah. Elles dénoncent une décision prise de manière soudaine, sans concertation préalable avec les professionnels concernés. De son côté, le ministère affirme que cette initiative vise avant tout à protéger les ressources halieutiques nationales et à garantir l’approvisionnement du marché intérieur, notamment dans un contexte marqué par des fluctuations de la production et une pression croissante de la demande locale.
L’Association nationale des industries de congélation des produits de la mer considère, pour sa part, que cette décision constitue une mesure unilatérale susceptible de déstabiliser un secteur considéré comme stratégique pour l’économie des régions côtières. Selon cette organisation professionnelle, la suspension des exportations sur une période aussi longue représente un choc direct pour les unités industrielles déjà confrontées à de multiples contraintes financières. Parmi ces difficultés figurent l’alourdissement de l’endettement et l’augmentation des coûts d’exploitation, autant de facteurs qui pourraient mettre en péril des investissements évalués à plusieurs millions de dirhams et exposer certaines entreprises au risque de ralentissement, voire de cessation d’activité.
La sardine occupe une place centrale dans l’activité de la pêche côtière au Maroc. Elle alimente un vaste écosystème industriel et logistique englobant les opérations de débarquement et de tri dans les ports, les unités de transformation, la production de farine de poisson ainsi que les industries de mise en conserve. À cela s’ajoutent les activités liées au transport, au stockage et à la distribution. «L’ensemble de cette chaîne de valeur génère des milliers d’emplois directs et indirects, constituant un pilier économique et social pour de nombreuses zones littorales», note Assabah.
Des professionnels du secteur soulignent qu’une perturbation dans l’écoulement du produit vers les marchés internationaux peut rapidement affecter l’équilibre économique et social des régions fortement dépendantes de cette activité. Bien que les autorités insistent sur le fait que la décision repose essentiellement sur la nécessité de préserver la durabilité des ressources marines et de maintenir un stock national suffisant, notamment lors des périodes marquées par un recul de la production ou une hausse de la consommation intérieure, les entreprises concernées plaident pour une approche plus progressive et concertée.
Selon ces opérateurs, la protection des ressources halieutiques demeure un objectif partagé, mais elle devrait s’inscrire dans une stratégie construite en partenariat avec l’ensemble des acteurs du secteur. Ils mettent en garde contre les effets potentiellement négatifs de décisions brusques sur les engagements contractuels liant les entreprises marocaines à leurs partenaires internationaux. La perte de marchés extérieurs, patiemment construits au fil des années, pourrait en effet s’avérer difficilement réversible et fragiliser durablement la position concurrentielle du secteur marocain.
Ces développements relancent le débat autour des mécanismes de gouvernance du secteur de la pêche maritime et de la place accordée aux acteurs industriels dans l’élaboration des décisions ayant des répercussions économiques et sociales majeures. La situation pourrait connaître une nouvelle escalade après l’annonce par l’association professionnelle de son entrée dans une phase de mobilisation ouverte. Cette perspective fait planer la menace d’un durcissement du conflit si un dialogue structuré n’est pas engagé entre les différentes parties, afin de concilier les impératifs de préservation des ressources marines avec la nécessité de maintenir les investissements, la stabilité économique et la pérennité des emplois dans un contexte économique particulièrement sensible.








