Le quartier des Hôpitaux à Casablanca a vu disparaître une villa emblématique, pourtant répertoriée au patrimoine casablancais pour sa valeur architecturale et mémorielle. Situé rue Salim Cherkaoui, l’édifice a été rasé en dépit d’une interdiction de destruction, provoquant l’intervention des autorités.
Selon les éléments disponibles, seule une autorisation de consolidation technique avait été accordée fin 2025 afin de renforcer la structure du bâtiment, à l’exclusion de toute démolition. La destruction, jugée illégale, a conduit le ministère de l’Intérieur à ouvrir une enquête pour en déterminer les circonstances et les responsabilités.
Ainsi, le ministère rappelle sa volonté de lutter contre les démolitions non autorisées et de protéger les titres fonciers contre toute appropriation illégale, afin de préserver l’identité architecturale de la ville de Casablanca, comme celle des autres villes du Royaume.
Une ancienne maison classée a récemment été démolie à Casablanca, au quartier des Hôpitaux (K.Essalak/Le360).
La secrétaire générale de l’association Casamémoire, Mahja Nait Barka, exprime une profonde indignation face à cet acte. «Cette situation nous désole, l’inventaire n’est pas un simple exercice administratif: il engage une responsabilité collective de protection et de vigilance», déclare-t-elle d’emblée.
Loin d’être un monument exceptionnel au sens classique, la villa présentait néanmoins une valeur patrimoniale significative. Elle constituait un exemple typique de l’architecture résidentielle casablancaise des années 1930, issue des quartiers dits des «petits Blancs», où vivaient commerçants, artisans et populations européennes modestes, en marge des grands axes du centre-ville. «Ce n’est pas son caractère monumental qui faisait sa valeur, mais son caractère représentatif d’une époque et d’un tissu urbain aujourd’hui en voie de disparition», explique-t-elle.

D’un point de vue architectural, le bâtiment se distinguait par un volume bas de type R+1, une toiture-terrasse d’inspiration méditerranéenne (espagnole, italienne...), ainsi que des balcons en ferronnerie et des balustrades caractéristiques. Il témoignait d’une hybridation de styles mêlant influences Art déco et néoclassiques, typiques du paysage urbain casablancais du début du 20ème siècle.
«Au-delà de ses qualités propres, ce type d’édifice constitue un témoin représentatif du Maârif historique», souligne Mahja Nait Barka. «Sa valeur résidait aussi dans son inscription dans un tissu urbain dont chaque disparition fragilise l’équilibre d’ensemble», précise-t-elle. Le bâtiment a été inventorié en 2019.
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«Ce que cet épisode révèle, au-delà du cas particulier, c’est la fragilité persistante de notre système de protection du patrimoine. Entre l’inventaire, la réglementation et leur application concrète sur le terrain, il existe encore des failles», dénonce-t-elle. «Et ces failles profitent souvent à des logiques de court terme, au détriment d’un intérêt collectif irréversible: une fois démoli, un bâtiment patrimonial ne se reconstruit pas», regrette-t-elle.
«Cet événement doit servir de précédent pour une refonte des procédures d’octroi de permis de démolition, un renforcement des mécanismes de contrôle et une clarification des responsabilités entre la commune et l’Agence urbaine», insiste-t-elle. «Il est surtout nécessaire d’accorder une reconnaissance politique plus forte au patrimoine, en tant que ressource stratégique pour la ville», conclut-elle.















