Les administrations publiques marocaines garantissent-elles un accès effectif et équitable aux services publics pour les personnes en situation de handicap? C’est à cette interrogation centrale que tente de répondre une étude conjointe menée par l’Institution du Médiateur, l’Observatoire national du développement humain (ONDH) et le Secrétariat d’État chargé de l’Insertion sociale. Les conclusions de ce diagnostic ont été présentées mardi à Rabat, à l’occasion de la Journée internationale des personnes en situation de handicap, lors d’une cérémonie organisée au Palais des congrès de Salé.
Selon les données issues du Recensement général de la population et de l’habitat (RGPH) 2024, près de 1,73 million de Marocains vivent en situation de handicap, soit environ 4,8% de la population nationale. Cette prévalence apparaît plus marquée en milieu rural (5,6%) qu’en milieu urbain (4,2%), mettant en lumière des disparités territoriales persistantes en matière d’accès aux services publics.
L’étude s’appuie sur une grille d’évaluation multidimensionnelle couvrant cinq axes principaux: accessibilité physique, accès aux services, inclusion numérique, formation et inclusion professionnelle. Il en ressort que 40% des administrations se situent dans une phase «en transition», tandis que 35% affichent un niveau d’accessibilité jugé «faible». Seules 25% des entités publiques peuvent être considérées comme véritablement «inclusives».
Sur le plan normatif, à peine 26% des administrations disposent d’un cadre réglementaire ou de directives formalisées encadrant l’accessibilité des services aux personnes en situation de handicap. Par ailleurs, les équipements de base, notamment les installations sanitaires adaptées et la signalétique accessible, demeurent insuffisants, en particulier aux abords des accès principaux des bâtiments administratifs.
En revanche, certaines pratiques d’accueil témoignent d’efforts notables. Ainsi, 78,5% des administrations déclarent mettre en œuvre des dispositifs spécifiques lors de la prise en charge des usagers en situation de handicap, tels que la priorisation, l’accompagnement personnalisé, la simplification des démarches ou encore l’adaptation des modalités de communication.
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S’agissant de la simplification administrative, 90,5% des entités affirment adapter leurs procédures, de manière systématique ou au cas par cas, afin de faciliter l’accès aux prestations publiques pour cette catégorie de citoyens. Toutefois, l’offre de services numériques adaptés reste limitée, avec seulement 47,5% des institutions proposant des solutions digitales inclusives.
Sur le plan des ressources humaines, l’étude révèle que 47,6% des administrations comptent des personnes en situation de handicap parmi leurs effectifs. Quant aux dispositifs d’inclusion professionnelle, 65% des administrations déclarent avoir engagé des actions d’adaptation des conditions de travail, notamment en matière d’organisation des missions (45%), d’aménagement des espaces de travail (40%) et d’accompagnement spécifique (20%).
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Malgré ces avancées, les insuffisances relevées demeurent nombreuses, appelant à une intensification des politiques publiques en matière d’accessibilité universelle. Les trois institutions partenaires affirment ainsi leur engagement à renforcer progressivement les dispositifs existants afin de garantir une pleine effectivité des droits et une citoyenneté inclusive pour les personnes en situation de handicap.
«Nous avons mené un diagnostic global pour appréhender l’ensemble des dimensions de l’accessibilité et évaluer la capacité des services publics à intégrer les personnes en situation de handicap, qu’il s’agisse des usagers ou des agents au sein des administrations et établissements publics», a déclaré le secrétaire d’État chargé de l’Insertion sociale. L’objectif, a-t-il précisé, est d’améliorer la qualité de l’accueil, de renforcer les compétences des ressources humaines et d’adapter les interactions avec les usagers concernés.
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De son côté, le Médiateur du Royaume, Hassan Tariq, a salué les progrès réalisés en matière de consolidation des droits, tout en appelant à poursuivre les efforts pour répondre aux attentes légitimes de cette catégorie de citoyens, qui aspirent avant tout «au respect de leur dignité».
Même son de cloche du côté du président de l’ONDH, Otmane Gair, qui a souligné que cette étude constitue un levier d’évaluation des politiques publiques, notamment en matière d’infrastructures et d’inclusion socio-économique. Elle ouvre également la voie au développement de mécanismes plus efficaces d’insertion professionnelle et d’amélioration des conditions d’accueil et de prestation des services publics.
Au-delà du diagnostic, ce rapport met en exergue un impératif: faire de l’accessibilité un pilier structurant de l’action publique, condition sine qua non d’une inclusion réelle et durable.




