À son examen, le marché de l’importation d’ovins et de bovins révèle des pratiques opaques qui inquiètent de plus en plus les autorités et l’opinion publique. Plusieurs députés et conseillers au Parlement figurent parmi les principaux bénéficiaires de ce système et ont profité de «bons» distribués par l’ancien ministre de l’Agriculture, Mohamed Sadiki, pour importer du bétail, avant de le revendre à des intermédiaires déjà connus dans cette activité, indique Assabah de ce lundi 23 février. Ces transactions, parfois spéculatives, ont permis de révéler un mécanisme de profits sans que leurs initiateurs ne puissent se prévaloir d’aucune expertise agricole tangible. Ces opérations avaient été menées dans l’espoir qu’elles soient oubliées, mais la perspective d’une enquête et d’une obligation de reddition des comptes a récemment relancé des inquiétudes parmi les membres de ce réseau.
L’ancien système de soutien aux éleveurs, instauré pour compenser le déficit en bétail sur le marché national, a été à l’origine d’opportunités inattendues pour certains acteurs politiques. Des bons, généreusement attribués et censés faciliter l’importation d’ovins, ont été revendus au plus offrant, pas à même de se prévaloir de savoir-faire dans l’élevage ou la gestion agricole. Cette situation a contribué à l’émergence d’un puissant lobby, capable de dicter les tendances du marché, et d’influencer les flux d’importation. Aujourd’hui, avec la menace d’une éventuelle mise en œuvre de mesures de contrôle et de sanctions, ce même lobby a prudemment commencé à se retirer progressivement de cette course aux importations, indique Assabah.
Des noms connus dans le landerneau politique et parlementaire, autrefois bénéficiaires de ce soutien gouvernemental, ont donc fait preuve de prudence, confrontés à l’instabilité des prix et à des pressions médiatiques. Les importations d’ovins et de bovins depuis l’Europe ou l’Amérique latine sont devenues moins attrayantes, notamment en raison de la hausse des coûts à l’étranger et de la baisse des prix de vente de la viande rouge sur le marché marocain, rendant les profits incertains.
Les crises successives qui secouent ce marché sont donc devenues autant d’opportunités pour les lobbies agricoles, qui «exploitent les facilités offertes par l’État au lieu de subir un encadrement strict», écrit le quotidien. Sous le mandat de Mohamed Sadiki, l’ancien ministre en charge du département de l’Agriculture et de la Pêche maritime, ce ministère, en collaboration avec les fonctionnaires en charge du développement rural et de la gestion des ressources forestières et hydrauliques, avait décidé de garder la liste des principaux importateurs d’ovins et de bovins confidentielle, et a même étendu ce système aux importations de viandes congelées.
Lors de l’Aïd al-Adha 2024, le gouvernement a ainsi alloué un soutien de 500 dirhams par tête d’ovin importée, pour un total de 300.000 têtes, un investissement massif de la part de l’État, qui a surtout principalement «profité aux grands importateurs, dont certains parlementaires, qui se sont transformés en un temps record en éleveurs de fait», signale Assabah, sans qu’aucune inspection préalable ne leur ait été dépêchée. Avec l’exonération de la TVA sur l’importation de ce bétail et le soutien financier accordé, des questions se posent désormais sur la compétitivité du prix de vente des ovins importés, comparativement à celui pratiqué sur le cheptel local. D’autres questions se posent aussi, à propos de l’équité de ce système, pour les acteurs réellement actifs dans les filières d’élevage.








