L’ANPE, nouvelle clé de voûte d’une politique unifiée pour la protection de l’enfance

Des enfants vivant dans la rue. DR

Revue de presseFace à un phénomène social préoccupant illustré par des milliers d’enfants en situation de vulnérabilité, le gouvernement engage une réforme structurelle. L’adoption du projet de loi créant l’Agence nationale de protection de l’enfance, et le décret instaurant une allocation mensuelle signalent une volonté de transcender le cadre juridique pour bâtir une protection effective, pilotée par une philosophie renouvelée, centrée sur l’intérêt supérieur de l’enfant. Cet article est une revue de presse tirée du quotidien Al Ahdath Al Maghribia.

Le 26/01/2026 à 17h53

La question de la protection de l’enfance a désormais dépassé le seul débat normatif, pour s’imposer comme l’une des pierres de touche de l’efficacité des politiques publiques, éprouvant leur capacité à traduire les textes en réalités des plus tangibles. C’est dans ce contexte exigeant que s’inscrivent deux mesures récentes: l’adoption, le 19 janvier 2026 par la commission de Justice, du projet de loi n°29.24 portant création de l’Agence nationale de protection de l’enfance (ANPE), et la promulgation d’un décret accordant une allocation mensuelle de 500 dirhams aux enfants pris en charge par les centres d’accueil sociaux.

Les chiffres officiels révèlent l’ampleur de ce défi: près de 29 000 enfants ont été en contact avec la justice sur une année, répartis dans plus de 24 000 affaires impliquant des mineurs, rapporte Al Ahdath Al Maghribia de ce mardi 27 janvier. Ces statistiques, loin de refléter la seule activité judiciaire, révèlent la profondeur d’une problématique sociale, que viennent approfondir des estimations nationales faisant état de dizaines de milliers d’«enfants des rues» et d’un phénomène, persistant, d’enfants abandonnés.

Pour affronter cette réalité complexe, le projet de loi n°29.24 se propose d’instaurer un cadre juridique unificateur, dépassant les approches fragmentaires du passé. Il ne s’agit plus seulement d’organiser la prise en charge des enfants en danger ou en conflit avec la loi, mais de refonder la philosophie même de la protection autour des principes de suivi continu, d’intégration sociale et de l’intérêt supérieur de l’enfant érigé en pierre angulaire. Cette évolution est cruciale, alors que des milliers d’enfants continuent de se retrouver chaque année devant la justice, faute d’interventions préventives suffisantes.

Le cœur de cette transformation réside dans la création de l’ANPE, conçue comme le mécanisme central de collecte et de coordination de l’action étatique dans ce domaine. Dotée de missions stratégiques, cette agence sera chargée de piloter la politique nationale, d’assurer le suivi des enfants vulnérables et de fédérer les interventions des divers secteurs gouvernementaux et établissements publics concernés. Son rôle s’étendra à l’élaboration de programmes de prévention, ainsi qu’à la mise en œuvre d’un système national de veille, de collecte de données et d’évaluation d’impact.

L’ANPE n’entend pas se substituer aux acteurs existants, mais incarner une gouvernance intersectorielle, assumant une fonction de pilotage et de coordination, écrit Al Ahdath Al Maghribia. Elle vise à combler un vide, historique: celui d’une vision centralisée et d’une direction unifiée pour un dispositif longtemps éparpillé, afin que la protection de l’enfance cesse d’être une ambition législative, pour devenir une réalité véritablement vivante et, somme toute, efficace.

Par Hassan Benadad
Le 26/01/2026 à 17h53