À environ 40 kilomètres de la commune rurale de Beni Tadjit, dans la province de Figuig, les travaux du barrage Kheng Grou, l’un des plus importants ouvrages hydrauliques du pays, se poursuivent.
Édifié à la confluence de l’oued Grou et de quatre affluents, ce barrage mobilise un investissement global d’environ 1,2 milliard de dirhams. Avec une hauteur de 79 mètres, une longueur en crête de 190 mètres et une capacité de retenue estimée à 1,07 milliard de mètres cubes, il se classe au cinquième rang national en termes de capacité. Il constitue l’un des projets structurants du programme national d’approvisionnement en eau potable et d’irrigation pour la période 2020-2027.
Dans ce contexte, Moustapha El Azzouzi, directeur des travaux du barrage, souligne «une progression notable du chantier, avec un taux d’avancement avoisinant les 70% à ce jour». Il attribue cette performance à l’engagement de l’entreprise en charge, qui a mobilisé d’importants moyens logistiques, incluant des équipements modernes, ainsi que des compétences techniques marocaines composées à 100% d’ingénieurs et de techniciens nationaux. Le projet a, par ailleurs, généré près de 400.000 journées de travail.
Il précise également que les travaux se poursuivent sans interruption, jour et nuit, afin de réduire les délais d’exécution et livrer le projet en avance, conformément aux Hautes orientations royales.
De son côté, Faïk Moulay El Hassan, chef du projet au sein de la Direction des équipements hydrauliques du ministère de l’Équipement et de l’Eau, indique que le chantier a démarré en mars 2022. Son achèvement est prévu pour le début de l’année 2027, avant les échéances initiales, grâce à la mobilisation conjointe des différents intervenants: autorités locales, services centraux, bureaux d’études et entreprise en charge des travaux.
Le barrage devrait contribuer à réduire la pression sur les nappes phréatiques en mobilisant des ressources en eau de surface supplémentaires, tout en valorisant les eaux perdues lors des périodes de précipitations.
Les travaux du barrage Kheng Grou, 5ème plus grand du Maroc, affichent un taux d’avancement de 70%. (K.Sabbar/Le360). LE360
Il permettra également d’alimenter en eau potable plusieurs communes rurales, notamment les douars relevant des collectivités de Beni Tadjit, Chouiter, Aïn Chaïr et Bouanane, représentant une population estimée à 7.500 habitants.
Sur le plan agricole, le projet devrait renforcer l’activité dans la région en multipliant par six les superficies irriguées. Celles-ci passeront de 500 hectares actuellement à 3.000 hectares, tandis que les volumes d’eau destinés à l’agriculture augmenteront de 5 à 30 millions de mètres cubes par an. Le barrage contribuera également à la recharge de la nappe phréatique et à l’alimentation des systèmes traditionnels d’irrigation («khettaras») dans les oasis, améliorant ainsi la durabilité des ressources hydriques et la productivité agricole.
Au-delà de ses impacts hydriques et agricoles, le projet revêt aussi une dimension socio-économique. Outre les emplois générés, il inclut la réalisation d’une route de près de 40 kilomètres reliant Tadjit au site du barrage. Cette infrastructure devrait désenclaver plusieurs zones avoisinantes et améliorer les conditions de mobilité des populations.
Selon Faïk Moulay El Hassan, ce projet «transformera la région en un pôle touristique dédié au tourisme de détente et aux activités sportives et nautiques, tout en améliorant les conditions économiques, sociales et environnementales».
Sur le plan technique, la construction du barrage de Kheng Grou utilise du béton compacté au rouleau (BCR), un béton sec à faible teneur en ciment, reconnu pour sa rapidité de mise en œuvre, son coût réduit et sa grande résistance. Cette technologie est principalement utilisée dans la construction de barrages.
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Adoptée au Maroc depuis les années 1980, cette méthode a connu des avancées significatives grâce à l’expertise développée par les ingénieurs nationaux. Selon Faïk Moulay El Hassan, ce choix constitue une option stratégique «économiquement attractive» par rapport au béton conventionnel, notamment en raison de son efficacité et de son adéquation aux sites géologiques rocheux.
Le responsable souligne que cette technique a évolué, passant d’un travail manuel à l’utilisation de stations entièrement automatisées. Le chantier intègre aujourd’hui des solutions logistiques avancées, telles que des bandes transporteuses automatisées acheminant directement le béton depuis la centrale jusqu’au site, sans recours aux camions. Le matériau est ensuite étalé et compacté à l’aide d’engins spécialisés.
Il affirme que le Maroc s’impose désormais comme un leader dans ce domaine, ayant développé des méthodes innovantes de mise en place des couches de béton compacté, notamment l’utilisation de couches inclinées dans certains barrages, une technique adaptée aux ouvrages à grande longueur de crête.
«Le Maroc est le seul pays à avoir développé cette méthode de mise en œuvre sur site, en utilisant des couches inclinées tant au niveau de la structure que de la fondation», précise-t-il, citant notamment les exemples des barrages Toudgha et Kheng Grou.
Il explique que le choix entre une face amont verticale ou inclinée dépend de la qualité du substrat rocheux: une roche de bonne qualité permet une structure verticale, tandis qu’une roche fissurée ou de qualité moyenne nécessite une inclinaison pour garantir la stabilité de l’ouvrage.




