Inondations au Maroc: hommage aux intervenants qui ont protégé des milliers de vies

Soumaya Naâmane Guessous.

Soumaya Naamane Guessous.

ChroniqueNos pensées également aux familles sinistrées et aux paysans modestes qui ont tout perdu, parfois le fruit de toute une vie de labeur. Leur douleur mérite écoute, solidarité et respect.

Le 06/02/2026 à 11h05

La ville de Ksar El-Kébir, dans le nord du Maroc, est confrontée à une crue exceptionnelle de l’oued Loukkos, consécutive à plusieurs semaines de pluies continues et abondantes. Les eaux ont atteint des niveaux rarement observés depuis des décennies, provoquant une inondation majeure dans plusieurs quartiers: rues entièrement submergées, habitations et commerces envahis. Des dégâts matériels importants et une population profondément éprouvée.

Face à cette situation grave et inédite, la priorité absolue a été donnée à la protection des vies humaines. Dès les premières heures, l’État marocain a déclenché une mobilisation nationale massive et coordonnée. Les Forces armées royales, la police, la Protection civile, les forces auxiliaires, les sapeurs-pompiers, les équipes médicales, les autorités locales ont été déployés sur le terrain, souvent dans des conditions extrêmement difficiles. Nombre d’associations s’y sont jointes, renforcées par la solidarité des citoyens. Jour et nuit, des opérations d’évacuation, de sauvetage et d’assistance sanitaire sont menées pour éviter toute perte humaine.

Selon des bilans provisoires, c’est plus de 143.164 personnes qui ont été évacuées ou déplacées, dans plusieurs provinces du nord et du Gharb, dont plus de 110.942 à Ksar El-Kébir et ses environs, un chiffre revu à la hausse au fil de l’évolution de la crue. Ce nombre impressionnant ne traduit ni une défaillance ni un abandon, au contraire, un choix assumé de prévention: éloigner les populations des zones à risque avant que la situation ne devienne irréversible.

Derrière ces chiffres, il y a des personnes âgées portées à bout de bras, des enfants mis à l’abri, des femmes et des hommes arrachés à leurs maisons pour être sauvés.

«Rendons hommage à toutes les personnes mobilisées : secouristes, militaires, médecins, infirmiers, bénévoles, agents de l’autorité, membres d’associations et citoyens solidaires»

—  Soumaya Naamane Guessous

Pour accueillir ces milliers de déplacés, des centres d’hébergement d’urgence ont été installés en un temps record: stades, salles couvertes, établissements scolaires et infrastructures publiques. Des centaines de tentes étanches ont été dressées, équipées de lits, de couvertures et de produits de première nécessité.

De l’eau potable, des repas chauds, des soins médicaux et un accompagnement psychologique sont assurés en continu. Des cuisines et restaurants improvisés nourrissent quotidiennement les sinistrées. Des espaces ont été aménagés pour mettre à l’abri le bétail et les animaux domestiques, élément vital pour les familles rurales.

Cette organisation témoigne d’une approche globale et profondément humaine de la gestion de la crise.

Les secours ont mobilisé d’importants moyens terrestres et aériens. Des hélicoptères, des embarcations pneumatiques, des pompes, des dispositifs de protection ont été déployés pour atteindre les zones isolées. Civils, militaires et secouristes travaillent 24 heures sur 24, parfois au péril de leur propre sécurité.

À ce stade, aucun décès, résultat direct de l’anticipation, des évacuations massives et de l’engagement sans relâche des intervenants sur le terrain.

Malgré cette mobilisation exceptionnelle, une autre menace est apparue: celle de la désinformation, des fake news. Des réseaux sociaux font état de morts, de pillages, d’abandon total des sinistrés. Des vidéos spectaculaires, totalement étrangères au contexte marocain, montrent Ksar El-Kébir, allant jusqu’à évoquer des vagues géantes dans une ville pourtant éloignée de la mer. Que de personnes critiquent la gestion des barrages alors qu’ils n’en savent absolument rien. Des donneurs de leçons qui, avec arrogance, pensent être plus experts que tous les experts mobilisés, de vrais professionnels, diplômés et expérimentés dans le domaine.

Cette désinformation dévalorise les efforts, sème la peur, fragilise la cohésion sociale et mine la confiance de la population envers ses institutions. En période de crise, s’informer auprès de sources fiables et vérifiées est un devoir citoyen. Relayer des rumeurs, c’est ajouter de l’angoisse à la détresse et porter atteinte à l’image du pays.

Les catastrophes climatiques frappent tous les pays. En Allemagne, les inondations de 2021 ont causé la mort de plus de 180 personnes et des dégâts de dizaines de milliards d’euros. Récemment, l’Espagne, l’Italie ou les États-Unis ont été confrontés à des phénomènes similaires, peinant eux aussi à en contenir les effets.

Aucun État n’est à l’abri. La gestion de telles crises est toujours complexe, coûteuse et humainement éprouvante.

Rendons hommage à toutes les personnes mobilisées : secouristes, militaires, médecins, infirmiers, bénévoles, agents de l’autorité, membres d’associations et citoyens solidaires. Beaucoup travaillent sans relâche, parfois au détriment de leur sécurité et de leur famille, pour sauver des vies.

Cette région traverse une épreuve difficile, mais cette crise révèle aussi une force collective, une solidarité profonde et un sens du sacrifice qui méritent respect, reconnaissance et confiance.

Le Maroc a longtemps souffert de la sécheresse. Des années durant, la terre s’est craquelée, les barrages se sont vidés, les récoltes ont jauni prématurément. Les mains se levaient vers le ciel, humbles et patientes, implorant la clémence divine. La pluie était attendue comme une bénédiction, une promesse de vie.

Aujourd’hui, la pluie est revenue, avec force, parfois avec excès, rappelant que la nature, quand elle donne, peut aussi éprouver. Entre gratitude et épreuve, une nouvelle prière s’élève alors des cœurs des Marocains: Allah y‘tiha lina ‘la qad ane fa‘, que Dieu nous l’accorde selon nos besoins.

Cette prière résume une sagesse ancienne : accueillir les bienfaits de la pluie, tout en demandant protection.

Par Soumaya Naamane Guessous
Le 06/02/2026 à 11h05