Droit à la santé: critiqués pour leur grève, les pharmaciens rassurent

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Les pharmacies ont fermé leurs portes ce jeudi 13 avril 2023, à l’occasion d’une grève nationale des pharmaciens qui risque de se prolonger. Une action de protestation «légale», certes, mais qui a suscité plusieurs critiques. Pointés du doigt pour avoir «mis en péril» la santé des citoyens, les pharmaciens assurent que plusieurs dispositifs ont été mis en place.

Le 14/04/2023 à 12h54

Les pharmaciens ont entamé ce jeudi une grève nationale pour protester contre l’absence de communication et de concertation de la tutelle avec les acteurs du secteur qui sont confrontés à différentes problématiques et à d’importantes difficultés financières. Ils réfutent également les conclusions du dernier rapport de la Cour des comptes, selon lesquelles les marges bénéficiaires des pharmaciens sur les médicaments dont le prix hors taxes est inférieur ou égal à 588 dirhams varient de 47% à 57%.

Alors que la grève de ce jour se poursuit, les Marocains nécessitant un traitement se retrouvent devant des portes fermées, ont alerté des associations, qui critiquent la décision des pharmaciens et jugent «inadmissible» cette action de protestation qui touche au droit à la santé des citoyens.

Les inquiétudes de ces associations sont partagées par les autorités. Afin de «préserver la sécurité sanitaire» et «assurer le besoin primordial des citoyens en médicaments», le gouverneur de l’Oriental a ordonné l’ouverture de 5 pharmacies à Oujda. Celles-ci devront ainsi assurer leurs fonctions de garde comme prévu pendant 24 heures.

Des dispositifs mis en place

Contacté par Le360 à propos des critiques, Khalid Zouine, président du Conseil national de l’union nationale des pharmaciens du Maroc (UNPM), assure que «les pharmaciens ne se permettraient jamais de mettre en péril le droit des citoyens d’accès au traitement». «Nous avons annoncé la grève il y a plus d’un mois, et nous avons appelé l’ensemble des citoyens à s’approvisionner en médicaments essentiels», explique-t-il, ajoutant que «plusieurs mesures ont été prises pour que le citoyen ne soit pas impacté».

Selon Khalid Zouine, les syndicats des pharmaciens ont mis en place, en collaboration avec les autorités locales, des comités chargés de recevoir et de gérer les demandes urgentes. «Ces comités ont été mis en place dans toutes les villes pour garantir que les personnes nécessitant des traitements en urgence puissent avoir leurs médicaments.» Ceci, en plus d’un autre dispositif mis en place avec les sociétés de distribution «afin qu’elles délivrent les médicaments nécessaires pour les cas urgents qui seront notifiés».

Par ailleurs, certaines pharmacies de garde continueront leurs services. En effet, à l’instar de la décision prise par le gouverneur de l’Oriental, il a été «exigé à quelques pharmaciens dans plusieurs villes d’ouvrir leurs officines, notamment ceux assurant la garde», précise notre interlocuteur, qui fait savoir que la grève a connu un taux d’adhésion de plus de 98% et que les pharmaciens restent mobilisés jusqu’à ce que des solutions satisfaisantes soient trouvées.

Un droit légitime, mais…

«La grève est un droit et les pharmaciens ont certainement leurs raisons pour la décréter. Toutefois, il faut voir les étendues de cette grève, car il est inadmissible de faire du consommateur un bouclier et un moyen pour arriver à des fins quelconques», remarque Wadie Madih, président de la Fédération nationale des associations du consommateur (FNAC), contacté par Le360.

Dans un communiqué publié le 12 avril, la FNAC a même appelé les pharmaciens à revenir sur leur décision de grève. «Les pharmaciens ont décidé tout simplement de fermer leurs portes pendant une journée sans aucune considération pour les personnes qui ont besoin de médicaments. Tout cela pour faire pression sur le ministère, alors que c’est le consommateur qui est touché et qui doit payer le prix d’un conflit dont il n’est pas partie prenante», explique le président des consommateurs.

Pour lui, le fait de décréter une grève nationale générale dans un secteur aussi sensible que celui de la santé soulève plusieurs questions éthiques et de responsabilité professionnelle. «Lorsqu’on décide de faire une grève qui concerne toutes les pharmacies, y compris celles de garde, sans aucun égard à la santé des citoyens, c’est immoral», tonne-t-il.

Service minimum

Tout comme Wadie Madih, Ali Lotfi, président du Réseau marocain pour la défense du droit à la santé, affirme que «la grève est un droit légitime garanti par la Constitution à tous les professionnels, privés ou publics, et les pharmaciens peuvent exercer ce droit pour défendre des causes qu’ils considèrent légitimes». Néanmoins, la manière dont cette grève a été décrétée «n’est pas tout à fait dans les régles», selon lui, car appeler à la fermeture de toutes les pharmacies, sans prendre en considération la responsabilité professionnelle envers les citoyens est «critiquable».

«Ce qu’on reproche aux pharmaciens, c’est de n’avoir pas gardé le service minimum. C’est une règle générale à travers le monde», étaye Ali Lotfi, indiquant que le droit à la grève des pharmaciens «ne peut pas prévaloir sur le droit à la santé des citoyens».

Même si les pharmaciens ont appelé à l’avance les personnes nécessitant des traitements, notamment celles atteintes de maladies chroniques, à se procurer leurs médicaments à l’avance, cela n’annule pas la responsabilité des pharmaciens de maintenir le service minimum. «Qu’en est-il des cas urgents?», interroge Ali Lotfi. «Il existe des cas nécessitant des traitements en urgence qui risquent ne pas pouvoir y accéder. Il faut que ceux-ci trouvent au moins des pharmacies de garde.»

Par Lina Ibriz
Le 14/04/2023 à 12h54