On ne regarde pas les matchs de l’équipe nationale comme on regarde n’importe quel autre match de football. Ce n’est pas un spectacle, ni même un divertissement. C’est autre chose. Un état. De l’adrénaline. Quelque chose qui vous attrape avant même le coup d’envoi et qui ne vous lâche qu’au coup de sifflet final. On regarde sans vraiment regarder. Avec les nerfs, avec le ventre, avec une mauvaise foi assumée. On devient chauvin, impatient, excessif, absolument incapable d’objectivité. On ne cherche pas à analyser, encore moins à comprendre. Laisse tomber, mon frère. On espère. On craint. On vibre. On tremble. On serre les fesses. On retrouve cette peur primale, la même qui s’emparait de tout votre être quand vous étiez petit.
Que voulez-vous? L’amour du football compte, bien sûr. Mais l’amour du pays passe avant tout. Quand le Maroc joue, on ne cherche pas seulement la victoire. On cherche la communion, la solidarité, l’esprit de corps. On cherche à faire bloc, à sentir que l’on appartient à quelque chose de plus grand que soi. Ce n’est pas un plaisir solitaire, à consommer en silence, devant un écran, loin des autres. Au contraire. Le plaisir, comme l’angoisse, se multiplie au contact des autres.
Vous pensez alors que votre équipe va gagner. Forcément, elle va gagner. Et ça sera une telle explosion de joie généralisée, démonstrative. Mais si votre équipe perd, votre désarroi sera divisé par le nombre de personnes autour de vous. Chacun prendra une petite part et la pilule sera moins dure à digérer.
C’est dans cet esprit que votre serviteur a choisi de «partager» le stress, la peur et l’excitation de ce Maroc-Cameroun (2-0) avec les autres. Les amis, les proches, les inconnus, tous entassés dans un petit bistrot plein comme un œuf. Ça aide de les voir aussi fébriles que moi. Si on gagne, je les serrerai tous dans mes bras. Si on perd, j’aurai un mot gentil pour chacun et vice-versa: on se consolera les uns les autres et on dissipera, au passage, notre peine.
Puis le match démarre. Le Cameroun est l’une de nos dernières bêtes noires en Afrique. Ils nous ont fait bien des misères par le passé. Mais là, comment vous dire, dès les premières minutes, on a compris. Diaz et les autres répondent présent au défi physique des Camerounais. ils mettent de l’impact, gagnent les duels. On devine instinctivement qu’ils vont y arriver et que rien ne se mettra en travers de leur chemin…
Je ne vous raconte pas l’explosion de joie au moment du premier but, puis du deuxième. Vous avez dû sauter de votre fauteuil, embrasser la personne la plus proche et sentir ce frisson, cette montée d’adrénaline, comme si ces moments étaient les plus intenses de votre vie…
Et je n’en dirai pas plus sur la communion avec les autres, les amis et les inconnus… Je vous la fais courte parce que la fête commence à peine et la nuit sera longue: la gagne amène tout un chacun à sortir le meilleur de soi. Le foot et surtout la victoire, à l’issue d’un vrai combat de gladiateurs, vous offrent ça: la fierté, la fraternité et des bons sentiments comme une coulée torrentielle. Le temps d’une parenthèse, oui, mais quelle parenthèse! Et ça, mes amis, ça n’a pas de prix. Dima Maghrib!





