Au Sahara marocain, la melhfa et la deraâ défient le temps

الملحفة والدراعة.. زي تقليدي يصمد أمام إيقاع الحداثة بالصحراء المغربية

Dans une boutique de vente des vêtements traditionnels sahraouis à Laâyoune. (H.Yara/Le360)

Le 22/03/2026 à 17h10

VidéoSymboles vivants de l’identité hassanie, la melhfa et la deraâ continuent de s’imposer dans les provinces du Sud, traversant les générations et s’adaptant aux exigences de la vie contemporaine.

Dans les provinces du Sud, la melhfa et la deraâ demeurent des incontournables du quotidien. Bien plus que de simples vêtements, ces tenues traditionnelles traversent les époques et unifient les générations, s’affirmant comme un emblème culturel indémodable, même au cœur de la modernité.

Chez les femmes, loin d’être figée dans le passé, la melhfa évolue pour répondre aux exigences de la vie active, s’adaptant aussi bien aux contextes professionnels qu’aux usages domestiques.

Dans les rues des villes du Sud, et particulièrement à Laâyoune, les commerces dédiés à la vente de melhfas témoignent de cet attachement. Des boutiques, grandes et petites, proposent une diversité de modèles et de tissus.

Certaines artères, à l’image de la rue Skikima à Laâyoune, sont devenues de véritables vitrines du patrimoine vestimentaire sahraoui. On y trouve non seulement des produits locaux, mais aussi des articles d’inspiration mauritanienne, reflet d’un espace culturel hassani partagé.

Ce qui attire une diversité de vendeurs, marocains, mauritaniens et originaires d’Afrique subsaharienne, illustrant la vitalité et l’ouverture de ce marché traditionnel.

Dans une autre rue commerçante, Souad Boukhabza, vendeuse spécialisée dans les melhfas et leurs accessoires, relève une évolution marquée des préférences selon les générations. «Chaque âge a sa melhfa», explique-t-elle, soulignant la diversité des styles.

Une adaptation aux usages contemporains

Parmi les modèles les plus prisés, figure la «melhfa Persi», largement adoptée pour son équilibre entre modernité et authenticité. Elle séduit différentes tranches d’âge, devenant un choix polyvalent au sein de la société hassanie.

En revanche, les melhfas teintées à l’indigo, appelées «Nila», connaissent un recul notable. Si cette teinture confère une certaine prestance, elle est aujourd’hui moins demandée.

Selon les professionnelles du secteur, cette désaffection s’explique notamment par les traces que peut laisser la teinture sur les murs et les surfaces. Pourtant, l’indigo continue d’être utilisé comme produit cosmétique, apprécié pour ses effets éclaircissants sur la peau, notamment par les futures mariées.

Quant aux prix des melhfas, ils varient considérablement selon la qualité du tissu et la finition. Certains modèles comme la «Persi» peuvent atteindre 400 dirhams ou plus, tandis que des pièces haut de gamme, telles que les «melhfas Diana», peuvent grimper jusqu’à 10.000 dirhams.

Côté masculin, la deraâ reste une pièce maîtresse du mode vestimentaire sahraoui. Moulay Brahim Taleb, président de la coopérative «Al Jil Al Jadid» de couture à Laâyoune, insiste sur son caractère emblématique.

Le prix d’une deraâ varie généralement entre 800 et 5.000 dirhams, voire plus, en fonction du tissu et du niveau de broderie. Les modèles les plus prisés sont confectionnés à partir de matières spécifiques telles que ezbi, miftah el kheir, beda ou encore royal.

Au-delà de l’aspect vestimentaire, la deraâ incarne un héritage culturel que les artisans locaux s’emploient à préserver et à transmettre aux nouvelles générations.

Patrimoine culturel vivant

Dans cette optique, la coopérative «Al Jil Al Jadid» bénéficie d’un soutien étatique visant à encourager la sauvegarde de l’identité sahraouie. Un espace dédié à la vente de deraâs pour enfants a même été aménagé pour répondre à une demande croissante.

Par ailleurs, les professionnels marocains ont progressivement réduit leur dépendance aux importations mauritaniennes, en s’approvisionnant directement en tissus auprès de marchés internationaux, notamment en Inde et en Allemagne, note notre interlocuteur.

Ainsi, malgré la modernisation, la melhfa et la deraâ restent des symboles essentiels de l’identité des provinces du Sud. Alliant tradition et modernité, elles sont portées au quotidien, offertes en cadeau et témoignent d’un patrimoine culturel vivant et résilient.

Par Hamdi Yara
Le 22/03/2026 à 17h10