Allo Docteur! (EP8). Prise de poids pendant le Ramadan: les erreurs à éviter au ftour

Le docteur Karim Ouali, spécialiste en micronutrition et en médecine intégrative. (K.Sabbar/Le360)

Le 04/03/2026 à 16h01

VidéoDurant le Ramadan, nombreux sont ceux qui s’attendent à perdre du poids en jeûnant, et pourtant beaucoup constatent l’effet inverse: une prise de kilos. Comment expliquer ce paradoxe, alors que l’organisme est privé de nourriture pendant plus de quinze heures? Dans ce nouvel épisode d’«Allo Docteur!», le Dr Karim Ouali, spécialiste en micronutrition et en médecine intégrative, revient sur les erreurs alimentaires souvent commises par gourmandise et décrypte les mécanismes métaboliques à surveiller pour mieux gérer son poids durant ce mois sacré.

Pourquoi certaines personnes prennent-elles du poids malgré le jeûne du Ramadan? Si la logique laisserait penser que l’abstinence alimentaire devrait affiner la silhouette, l’organisme, lui, obéit à ses propres mécanismes biologiques. Pour le Dr Karim Ouali, ce gain de poids paradoxal est avant tout la conséquence d’une mauvaise gestion métabolique. «Il faut comprendre que les personnes qui perdent du poids sont généralement celles qui maintiennent deux à trois repas équilibrés. L’organisme n’est pas fait pour fonctionner avec un seul repas», explique-t-il d’emblée.

En ne prenant qu’un seul repas massif à la rupture du jeûne, le corps entre en mode survie. «Dès que vous sautez des repas, le corps considère cela comme une famine. Et lors de l’unique repas que vous prendrez, il va stocker plus qu’il ne va brûler», prévient le spécialiste. Ce mécanisme est accentué par le fait que la digestion elle-même consomme de l’énergie: en supprimant des repas, le jeûneur diminue mécaniquement son métabolisme de base. «Quand je saute un repas, je baisse ma propre consommation d’énergie», souligne-t-il.

Le second piège réside dans la composition de la table marocaine et, surtout, dans l’ordre de consommation des aliments. La précipitation vers les douceurs dès le coucher du soleil constitue une erreur métabolique majeure. «La prise de poids est souvent liée à une consommation excessive de sucres et de graisses saturées. Les douceurs peuvent être consommées après le ftour, mais il est préférable d’éviter d’en faire le premier aliment au moment de la rupture du jeûne», insiste le professeur. En privilégiant les sucres rapides et les farines blanches alors que l’estomac est vide, le corps bloque la combustion des graisses au profit d’un stockage immédiat.

Le comportement d’achat joue également un rôle déterminant dans cette prise de poids saisonnière. Faire ses courses en état de faim intense favorise presque inévitablement les achats impulsifs de produits riches en calories. «Les études montrent que lorsqu’on entre dans un grand centre commercial sans liste de courses, près de 30% des produits placés dans le caddie n’étaient pas prévus», observe l’expert. Si les contraintes imposent de faire ses achats avant la rupture du jeûne, il est vivement recommandé de s’en tenir à une liste précise, ou, idéalement, d’attendre l’après-ftour.

Contrairement aux idées reçues, l’activité physique demeure l’un des meilleurs régulateurs de l’appétit et du poids. «Plus vous êtes actif, moins vous ressentez la faim, car l’organisme puise dans ses propres réserves de graisses», explique le praticien. Une marche de trente minutes, le matin ou peu avant le coucher du soleil, suffit déjà à mobiliser les réserves adipeuses. «Comme l’on n’a pas mangé de la journée, le corps va directement puiser dans le stock de graisses. En transformant ces lipides en énergie, il produit des corps cétoniques qui alimentent le cerveau, améliorent la concentration et réduisent la sensation de faim», conclut-il.

Par Hafida Ouajmane et Khadija Sabbar
Le 04/03/2026 à 16h01