Mercato électoral: quand les transfuges négocient leur liberté

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Revue de presseÀ l’approche des prochaines élections, la ferveur des partis semble délaisser le débat d’idées au profit d’une course effrénée aux parrainages. Ce précieux sésame nourrit un système où l’influence locale et les moyens financiers l’emportent souvent sur les programmes. Cet éditorial est une revue de presse tirée du quotidien Al Akhbar.

Le 09/01/2026 à 19h04

À l’approche des échéances électorales, l’agitation qui règne au sein des partis politiques répond moins à une volonté de formuler des projets à la hauteur des aspirations citoyennes qu’à une course aux investitures. Ce parrainage, convoité comme une clé d’accès à la notabilité et aux statuts enviés de parlementaire, de président de commune ou de conseiller communal, façonne une arène singulière, souligne l’éditorialiste du quotidien Al Akhbar de ce week-end (10 et 11 janvier). Un statut pour lequel «militent» avec ardeur des notables électoraux, avides d’occuper une place privilégiée dans une société où politique, argent et affaires se confondent trop souvent, et où l’intérêt général semble se dissoudre dans les ambitions individuelles.

Il n’est dès lors pas étonnant de voir certaines «créatures» politiques se muer en professionnels aguerris des campagnes, capables de décrocher des sièges sous presque toutes les bannières idéologiques. À quelques mois des législatives, les secrétariats généraux des partis ont ouvert grand leurs portes aux tractations. L’activité y est fébrile, centrée sur le recrutement de «détenteurs de valises» et de «notables» influents, véritables atouts territoriaux.

Cette frénésie pré-électorale annonce souvent une transhumance politique une fois les scrutins passés, qu’ils soient législatifs, communaux ou régionaux. Cependant, les candidats tentés par le changement de parti se heurtent à une incertitude juridique majeure: la loi les prive de leur mandat en cours s’ils se présentent sous l’étiquette d’une autre formation. Pour contourner cet écueil, certains élus négocient avec leur propre parti une révocation volontaire, seule procédure leur permettant de conserver leur poste tout en changeant de camp.

Ce phénomène de transhumance trouve ses racines dans des considérations autant pragmatiques que personnelles, note Al Akhbar. Pourtant, d’un point de vue juridique, la règle est sans équivoque: il est interdit de se présenter au nom de deux partis différents, comme le stipule clairement l’article 21 de la loi organique relative aux partis politiques. Dans ce cadre, il ne faut guère s’étonner d’assister à des négociations où parlementaires et maires monnaient avec leurs anciennes formations des «décisions de révocation» sur mesure, s’assurant ainsi un ticket d’entrée dans un nouveau parti.

Par Hassan Benadad
Le 09/01/2026 à 19h04