Le réveil brutal du régime d’Alger

Mustapha Tossa.

ChroniqueAujourd’hui, le régime est acculé: il doit non seulement se mettre au diapason de la volonté internationale sous peine d’en subir les foudres, mais il se retrouve surtout sommé de rendre des comptes à son propre peuple. Le voilà contraint à un colossal exercice de justification auprès d’une opinion publique à laquelle il va falloir enfin expliquer le prix de ses errances. Et les interrogations ne manquent pas.

Le 16/02/2026 à 17h30

Le grand choc aurait pu, et dû, avoir lieu en octobre dernier, le jour où les Nations unies ont validé l’option de l’autonomie et, par extension, la souveraineté du Maroc sur son Sahara. Si l’onde de choc a ébranlé ses certitudes, le régime d’Alger a cru pouvoir en minimiser la portée. D’où les multiples sorties d’une diplomatie algérienne tentant de faire croire à son opinion qu’il restait d’autres pistes à explorer et que la partie n’était ni jouée, ni tranchée.

Le but de cette stratégie était manifestement de ne pas reconnaître un échec fracassant. Avouer que la thèse séparatiste était internationalement enterrée revenait à déposer les armes devant le triomphe marocain. En lieu et place, Alger a distillé à ses relais et influenceurs la consigne de vendre l’idée d’un «grand flou» persistant, de prétendues hypothèses à étudier et de zones grises qui pourraient encore changer la donne. Avec un axe de communication majeur: l’Algérie n’est qu’un observateur. Une manière d’occulter les percées de la diplomatie marocaine.

Or, ce qui vient de se passer à Madrid, avec une réunion sous parrainage américain des quatre parties prenantes — Maroc, Algérie, Mauritanie et Polisario — vient briser ce bel ordonnancement d’une communication mensongère, servie à dessein pour éviter les frustrations et les interpellations. Quel que soit l’agenda de cette rencontre, Alger y figurait comme une partie prenante devant honorer son rôle dans l’application de la résolution onusienne 2797.

Encore une fois, la communication officielle a tenté d’occulter l’événement, elle qui, dans ses médias, évoque pourtant le Maroc jusqu’à l’indigestion. Les rares voix obligées de commenter cet événement inédit ont choisi de broder sur la mystification du pays «observateur». Ce qui, en termes politiques et juridiques, change pourtant l’ampleur des responsabilités et des engagements.

«Le dossier du Polisario, malgré son coût politique et financier, n’est pas un sujet pour les Algériens. S’il existe un effet de propagande officielle, personne ne sortira dans la rue pour défendre le front ou contester les droits marocains sur le Sahara.»

—  Mustapha Tossa

Avec la réunion de Madrid, le régime algérien subit une véritable descente vers le réel. Shooté aux chimères et aux obsessions pathologiques, il se réveille brusquement de cette longue apnée dans son monde parallèle. Aujourd’hui, le régime est acculé: il doit non seulement se mettre au diapason de la volonté internationale sous peine d’en subir les foudres, mais il se retrouve surtout sommé de rendre des comptes à son propre peuple. Le voilà contraint à un colossal exercice de justification auprès d’une opinion publique à laquelle il va falloir enfin expliquer le prix de ses errances. Et les interrogations ne manquent pas.

Comment justifier tout «l’argent de Crésus» dépensé pour le Polisario, pour reprendre l’expression du président Abdelmadjid Tebboune qui s’est investi dans cette mésaventure? Comment expliquer que le pays se soit fâché avec presque tout le monde, mettant en péril les intérêts vitaux des Algériens? Comment admettre qu’autant de temps, d’énergie et de ressources aient été investis à perte dans des moulins à vent… ou à paroles?

Heureusement pour le régime, il ne risque pas d’affronter des manifestations de rue défendant la chimère séparatiste. Et ce, pour une raison simple: le dossier du Polisario, malgré son coût politique et financier, n’est pas un sujet pour les Algériens. S’il existe un effet de propagande officielle, personne ne sortira dans la rue pour défendre le front ou contester les droits marocains sur le Sahara.

Par contre, le pouvoir devra gérer des enjeux tout aussi graves. Le démantèlement des camps où il a nourri, durant cinq décennies, ses propres obsessions. Le désarmement des milices du Polisario, qu’il a gavées d’armes et d’argent, et qui risquent de retourner cet arsenal contre lui. Mais un point surpasse les autres: convaincre l’armée de la nécessité de clore un dossier si utile au maintien de la tension régionale, à la justification des budgets astronomiques de la junte et aux trafics les plus juteux.

Comme après une nuit d’ivresse, le régime se réveille avec la gueule de bois et une grosse migraine. Pour se ressaisir, il lui faut prendre des décisions dont la portée finira forcément par le transformer de l’intérieur. Le régime d’avant Madrid ne ressemblera plus à celui d’après, quels que soient le temps et la dynamique que prendra cette métamorphose.

Par Mustapha Tossa
Le 16/02/2026 à 17h30