Le Maroc, membre fondateur du «Conseil de Paix» présidé par Trump

Mustapha Sehimi.

Mustapha Sehimi.

ChroniqueCe 22 janvier, à Davos, le Maroc a signé la Charte constitutive du «Conseil de Paix», initiative portée et présidée par Donald Trump, dont l’entrée en vigueur a été actée. Seul pays africain à rejoindre ce cercle restreint, le Royaume inscrit ce choix dans le prolongement de sa doctrine diplomatique constante et du leadership de Sa Majesté Mohammed VI, positionnant le Maroc comme acteur de paix et de stabilité.

Le 23/01/2026 à 16h00

Ce «Conseil de Paix» s’inscrit dans une séquence diplomatique dense et révélatrice des recompositions géopolitiques en cours. À l’initiative conjointe de la France et de l’Arabie saoudite, la Déclaration de New York a été adoptée le 12 septembre dernier au siège de l’Organisation des Nations unies par 142 États, contre 10 et avec 12 abstentions. Elle vise à relancer la solution à deux États — Israël et Palestine — et à cristalliser une reconnaissance politique accrue de l’État palestinien. Dépourvu de caractère juridiquement contraignant, ce texte n’en traduit pas moins une pression politique internationale affirmée.

Dix jours plus tard, une conférence de haut niveau vient prolonger cette dynamique en adoptant une série de mesures: cessez-le-feu à Gaza, libération des otages israéliens, transfert progressif des responsabilités sécuritaires à l’Autorité palestinienne, appui à une gouvernance palestinienne démocratique et viable.

Le 29 septembre, le président Donald J. Trump rend public son Plan d’ensemble visant à mettre fin au conflit à Gaza, articulé autour de vingt points et structuré en trois phases: arrêt des hostilités, libération des otages et aide humanitaire immédiate; sécurisation du territoire avec la mise en place d’une force internationale de stabilisation à vocation temporaire, désarmement et gouvernance de transition accompagnant la reconstruction; enfin, stabilisation durable et phase post-transition.

Le texte intégral de la Charte du «Conseil de Paix» était joint aux invitations adressées à une cinquantaine de dirigeants mondiaux conviés à rejoindre cette initiative. Fait notable, la Charte ne fait aucune référence explicite à Gaza et se présente comme une contribution plus large à la résolution d’autres conflits internationaux. Pourtant, le mandat confié par le Conseil de sécurité — via la résolution 2803 du 3 novembre 2025 — demeure strictement circonscrit à Gaza et limité dans le temps, jusqu’à la fin de l’année 2027.

«La Charte du «Conseil de Paix» ouvre ainsi une nouvelle opportunité stratégique, permettant au Royaume de capitaliser sur son influence tout en préservant l’équilibre de son multilatéralisme diplomatique.»

—  Mustapha Sehimi

Cette Charte repose sur plusieurs principes structurants: la nécessité d’un mécanisme international de consolidation de la paix agile et opérationnel; la constitution d’une coalition d’États engagés dans une coopération pragmatique; la promotion de la stabilité, d’une gouvernance légitime et fiable; et la garantie d’une paix durable conforme au droit international et à la Charte des Nations unies. Portée par le président Trump, l’initiative se veut avant tout une plateforme politique de gestion pragmatique des conflits, y compris au Moyen-Orient. Il s’agit d’un club stratégique restreint, non universel, aux décisions politiques et non contraignantes — une rupture assumée avec les mécanismes classiques onusiens. Les objectifs de Washington sont multiples: instaurer un levier d’influence directe, structurer un axe de stabilité, réduire l’espace diplomatique des acteurs jugés hostiles — Iran et proxies régionaux — et valoriser des États perçus comme «efficients» plutôt qu’idéologiques.

C’est dans ce contexte que, lors du Forum économique mondial de Davos, le 22 janvier dernier, le Maroc et le Bahreïn ont officiellement signé la Charte constitutive du «Conseil de Paix», après les États-Unis. Conformément à l’article 41.4 (chapitre VII) de la Charte, celle-ci entre en vigueur dès la signature par trois États — condition désormais remplie. L’acte diplomatique a été finalisé par Nasser Bourita, ministre des Affaires étrangères, conformément aux orientations royales. Sa Majesté Mohammed VI avait en effet répondu favorablement à l’invitation du président américain, saluant son «engagement» et sa «vision» en faveur d’une résolution pacifique des conflits au Moyen-Orient.

Baptisée Board of Peace, cette initiative américaine, d’abord centrée sur la gestion de la crise à Gaza avant une possible extension à d’autres zones de conflit, suscite des réactions contrastées, entre adhésions prudentes, réserves et oppositions affirmées. Parmi les pays ayant accepté de rejoindre le Conseil figurent notamment le Maroc, l’Égypte, l’Arabie saoudite, le Qatar, la Jordanie, le Bahreïn, les Émirats arabes unis, le Pakistan, l’Indonésie, le Vietnam, le Kazakhstan, l’Ouzbékistan, la Hongrie, l’Arménie, l’Azerbaïdjan, le Kosovo, la Biélorussie, l’Argentine, la Mongolie et la Bulgarie. D’autres États demeurent indécis. La Russie dit étudier la proposition, malgré les déclarations de Trump affirmant qu’elle aurait donné son accord. Cinq pays ont, en revanche, décliné l’invitation: la France, le Royaume-Uni, la Suède, la Norvège et la Slovénie.

S’agissant plus particulièrement du Royaume, Washington a tenu à lui accorder une place de premier plan, au regard de ses atouts stratégiques. Le Maroc est perçu comme un État-pivot entre l’Afrique, le monde arabe et l’Occident; un acteur prévisible et crédible; un partenaire fiable en matière de sécurité, de gestion migratoire et de lutte antiterroriste; un pays jouissant d’une légitimité renforcée en Afrique comme au Moyen-Orient; et porteur d’une image consolidée de producteur de paix. La Charte ouvre ainsi une nouvelle opportunité stratégique, permettant au Royaume de capitaliser sur son influence tout en préservant l’équilibre de son multilatéralisme diplomatique.

Une ambiguïté stratégique assumée et maîtrisée. Une visibilité accrue au-delà du cadre onusien. Un accès direct à un cercle décisionnel restreint. Et un relief supplémentaire donné à son positionnement régional et continental, où le Maroc entend, dans ce nouveau cadre du «Conseil de Paix», se poser également en voix de l’Afrique.

Par Mustapha Sehimi
Le 23/01/2026 à 16h00