La France perd de plus en plus de terrain en Afrique au profit de la Russie

DR

Revue de presseKiosque360. Les putschistes au Burkina Faso n’ont pas mis longtemps pour afficher leur hostilité à la France qui perd de plus en plus de terrain au Sahel et en Afrique de l’Ouest ainsi qu’en Centrafrique au profit de la Russie. Cet article est une revue de presse tirée du quotidien Le Figaro.

Le 03/10/2022 à 20h08

Au-delà de l’éviction de l’ancien chef de la junte au Burkina Faso, le putsch du capitaine Ibrahim Traoré est un coup de force qui entérine un fort ressentiment anti-français et ouvre la voie à l’interventionnisme russe dans la région. C’est ce que rapporte le journal français Le Figaro dans son édition du 1er octobre en indiquant qu’en moins de 24 heures les putschistes ont exprimé leur volonté de solliciter l’aide d’autres partenaires pour lutter contre le terrorisme.

Une allusion implicite à la Russie qui continue de gagner du terrain en Afrique de l’Ouest aux dépens de la France qui ne cesse d’en perdre. D’ailleurs, les manifestants burkinabais favorables au nouveau chef de l’Etat ont rapidement pris pour cible la France à travers l’attaque de son ambassade tout en brandissant des drapeaux russes.

C’est ce qui fait dire à un expert de la région dans l’université de Bruxelles qu’il est «très étonnant de voir les putschistes déclarer leur flamme si vite à leur partenaire stratégique privilégié (ndlr la Russie)». Et l’expert d’émettre deux hypothèses: «soit bosser avec les Russes était le projet depuis le début et on a affaire à un plan de déstabilisation mûrement réfléchi, soit on invoque de manière opportuniste le clivage France-Russie pour galvaniser les soutiens parce que le projet tangue».

Le coup d’État au Burkina Faso vient de diminuer davantage l’influence française dans le Sahel et en Afrique de l’Ouest après la «défection» du Mali, du Niger et de la Centrafrique. Au Mali, la défiance anti-française a atteint son summum avec le départ des soldats français (opération Barkhane) et leur remplacement simultané par le groupe paramilitaire russe, Wagner. Depuis, la présence russe s’est fortement renforcée notamment après la multiplication des campagnes de dénigrement en ligne contre la France.

Le Figaro souligne que le ressentiment anti-français a contaminé d’autres pays comme le Niger où la présence militaire française est fortement critiquée. Le 18 septembre des centaines de manifestants sont sortis dans la rue pour protester contre l’opération Barkhane. Un discours qui est repris par plusieurs organisations de la société civile qui n’hésitent pas à accuser la force française de «déstabiliser le Sahel et d’assassiner les populations civiles» tout en tressant des couronnes à la Russie et Poutine.

La défiance anti-française n’est plus limitée à la région du Sahel elle s’est également étendue à la Centrafrique où le départ de la force française (opération Sangaris) a été ressenti comme un abandon face au danger des groupes armées.

Il n’a pas fallu beaucoup de temps à la Russie pour s’y implanter en envoyant de l’armement et surtout le groupe paramilitaire Wagner. En parallèle, la Russie s’est appuyées sur les organisations de la société civile pour s’attaquer à la force de l’ONU (Minusca) et réclamer le départ du media français RFI accusé de «propagande et de mensonges dans le but visible de ternir l’image de la république centrafricaine et ses alliés». C’est dire que la France est de plus en plus évincée de ses positions stratétgiques en Afrique de l’Ouest, au Sahel et en Centrafrique.

Les dirigeants de ces pays lui reprochent d’avoir échoué dans sa lutte contre les terroristes d’Al Qaida et de l’État islamique. Ils lui en veulent surtout de conditionner son aide à la démocratisation de leurs régimes au moment où la Russie, la Chine et d’autre concurrents ne tiennent pas compte de ce critère. Face à cette vague d’hostilités contre la France, certains observateurs n’hésitent pas à dire que la contagion de la défiance anti-française risque de s’étendre à d’autres pays, plus stables politiquement, comme le Sénégal et la Côte d’ivoire. 

Par Hassan Benadad
Le 03/10/2022 à 20h08