Industrie de défense: comment et pourquoi le Maroc change d’échelle

Lors de la pose de la première pierre d’un nouveau hangar de maintenance de pointe sur la plateforme aérienne de Benslimane, le 15 octobre 2025.

Modernisation des flottes, structuration industrielle, partenariats technologiques et ancrage académique… Les Forces royales air sont en première ligne d’une stratégie nationale de défense tournée vers l’industrie.

Le 31/01/2026 à 14h30

«En l’espace de deux décennies, le Royaume du Maroc s’est hissé dans la carte mondiale de l’aviation civile et amorce désormais une transformation encore plus stratégique, celle de l’industrie de défense. Entre nouvelles usines, partenariats internationaux et programmes d’armement, le Maroc ambitionne de se positionner pour devenir un acteur central sur la scène régionale», peut-on lire dans le dernier numéro de L’Espace marocain, le magazine scientifique des Forces Royales Air (FRA).

Avions et hélicoptères de combat, drones, avions de transport, systèmes de surveillance et de renseignement... Les FRA se dotent de flottes modernes, rappelle la publication. «Mais au-delà de l’achat d’équipements, l’ambition est claire: développer une industrie de défense locale. C’est tout l’enjeu de la loi n°10-20. En effet, adoptée en 2020, cette loi marque un tournant dans la stratégie de défense du Maroc. Elle encadre la fabrication, l’importation et l’exportation des matériels et équipements de défense, de sécurité, d’armes et de munitions. Son objectif est de poser les bases d’une véritable industrie nationale de défense, capable de produire localement des équipements et armements en partenariat avec des acteurs privés», détaille-t-on.

La loi prévoit également la création de zones industrielles spécialisées, l’instauration de mesures incitatives pour les entreprises du secteur et la mise en place d’une commission nationale chargée de superviser et de réguler ce domaine hautement stratégique. Elle a aussi ouvert la voie à l’arrivée de nouveaux acteurs. Il s’agit notamment de «Maintenance Aero Maroc (MAM), une joint-venture née d’un partenariat entre le Maroc, des industriels belges et américains, notamment Lockheed Martin, pour la maintenance, la réparation et la remise à niveau d’avions militaires».

La MRO, levier stratégique de souveraineté pour les Forces Royales Air

Le 15 octobre 2025, à Benslimane, il a été procédé à la pose de la première pierre de son futur hangar dédié à la maintenance lourde des avions militaires. «Ce projet s’inscrit dans une stratégie nationale visant à renforcer la souveraineté industrielle et à réduire la dépendance aux infrastructures étrangères pour l’entretien des avions militaires. En s’appuyant sur des compétences locales et un partenariat international solide, le Maroc se positionne désormais comme un acteur régional de référence dans le secteur de la MRO», commente-t-on.

L’alliance entre Sabena Engineering (Orizio Group), MEDZ (Groupe CDG) et Lockheed Martin illustre ainsi «une coopération tripartite équilibrée conjuguant savoir-faire marocain, expertise européenne et technologie américaine. Le futur hangar contribuera, de ce fait, à la montée en compétence du tissu industriel national, à la création d’emplois qualifiés et au transfert de technologie».

Parallèlement, d’autres initiatives renforcent cette dynamique. Atlas Defense, filiale du groupe turc Baykar, s’engage «à produire et entretenir des drones militaires ainsi que des systèmes technologiques et équipements de défense. Elle se positionne comme un acteur clé chargé de la conception, la fabrication, l’assemblage et la maintenance de ces appareils, ainsi que la production de leurs pièces de rechange». Mais ses ambitions ne s’arrêtent pas là car l’entreprise entend également développer des équipements électroniques, mécaniques et logiciels destinés à la défense, ainsi que des systèmes intégrés dédiés à la surveillance, à la reconnaissance et aux communications stratégiques.

Les grands groupes internationaux consolident également leur présence au Maroc. Thales, déjà actif dans le secteur de la défense, a inauguré à Casablanca un centre de fabrication additive métallique destiné à la production de pièces pour l’aéronautique et les systèmes militaires. De son côté, Lockheed Martin renforce ses partenariats industriels, notamment dans la maintenance aéronautique et la cybersécurité, en coopération étroite avec les Forces Royales Air.

À ce tissu international vient s’ajouter Metlonics Morocco, filiale du groupe indien Metlonics, spécialisée dans l’assemblage, la production et le développement de systèmes et d’équipements industriels, civils et militaires. L’entreprise est notamment impliquée dans la fabrication de composants critiques du véhicule blindé WhAP 8x8, développé en partenariat avec la DRDO et Tata Advanced Systems.

L’autre pilier de cette stratégie, c’est la formation. L’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P) est «devenue un partenaire privilégié pour la formation et la recherche appliquée dans les technologies de pointe».

Selon la revue des FRA, «ces initiatives confirment la volonté du Royaume d’attirer les leaders mondiaux pour bâtir une industrie de défense souveraine et intégrée. Certes, elles ne sont pas encore de grande ampleur, mais elles dessinent les contours d’une véritable base industrielle et technologique de défense (BITD) marocaine».

Par Hajar Kharroubi
Le 31/01/2026 à 14h30