Fès: enquête sur un trafic dans un master à la faculté de droit

L'université Mohamed Ben Abdellah de Fès.
L'université Mohamed Ben Abdellah de Fès. . DR

Revue de presseKiosque360. Le président du parquet général a ordonné l’ouverture d’une enquête sur le contenu d’un enregistrement audio qui circule sur les réseaux sociaux, dans lequel deux individus marchandent le prix d’un master dispensé à la faculté de droit de Fès.

Le 19/08/2018 à 23h31

La brigade régionale de lutte contre les crimes financiers de Fès a été chargée d’enquêter sur le contenu d’une conversation téléphonique enregistrée entre deux individus qui révèle l’existence d’un système de corruption à la faculté Mohamed Ben Abdallah de Fès. En effet, on y apprend que moyennant 40.000 dirhams, un étudiant peut s’inscrire dans un Master de la faculté. Suite à la diffusion de cet audio sur les réseaux sociaux, le président du parquet général, Mohamed Abdennabaoui, a donné ses instructions au procureur général près la cour d’appel de Fès pour l’ouverture d’une enquête sur ce sujet.

Notre confrère Assabah rapporte dans son édition du lundi 20 août que le procureur général a, de son côté, chargé la brigade régionale de lutte contres les crimes financiers d’enquêter sur cette affaire. Cette dernière a entamé, sur le champ, ses investigations pour déterminer l’origine de l’audio et vérifier la véracité des informations qu'il délivre. La conversation évoque «un commerce organisé» pour l’accès au cycle du master, une affaire qui fut l’objet de nombreuses rumeurs bien avant la diffusion de l’audio.

Selon des sources proches de ce dossier, l’enquête se focalisera sur l’un des deux individus qui sera interrogé sur l’authenticité de ce qu’il avance. Des instructions fermes ont été données aux responsables pour que l’enquête aille jusqu’au bout en interrogeant tous ceux qui sont impliqués dans cette affaire. La présidence de la faculté réfute toute responsabilité dans ce trafic en précisant qu’elle condamne tout comportement qui nuit à sa réputation et viole la loi et l’intérêt général. Elle annonce qu’elle est en train d’étudier le contenu de l’enregistrement qui a trait à l’accès au cycle du «droit des litiges publics» dispensé par la faculté de droit.

Le secrétaire d’Etat chargé de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique, Khalid Samadi, suit de près ce dossier qu’il considère comme un grave dysfonctionnement. Dans un statut posté sur son compte Facebook, il affirme qu’il a demandé aux services concernés du ministère d’enquêter sur ce dossier et de prendre les mesures qui s’imposent.

L’audio en question, qui a fait le tour de la Toile, dure deux minutes. Il rapporte la discussion entre un étudiant en économie et un intermédiaire qui «offre ses services» pour l’inscription au master du «droit des litiges publics», voire, lui garantit la réussite aux épreuves écrite et orale et l’obtention du diplôme avec «mention bien».

L’intermédiaire, qui se présente comme un étudiant originaire de Missour Boulmane, semble très sûr de lui. Il presse son interlocuteur de faire sa demande et de se munir de 40 000 dirhams car, dit-il, il ne reste que cinq places à pourvoir. Le négociateur avoue qu’il a déjà inscrit, de la même manière, 35 étudiants et étudiantes en provenance de Meknès, Beni Mellal, Missour et Outat El Haj. Il lui propose même une réduction dans le cas où il lui présenterait d’autres candidats.

Le journal Al Akhbar traite le même sujet dans son édition du lundi 20 août, en révélant que le président de la faculté Mohamed Ben Abdallah a porté plainte contre X. Il cite aussi le nom de l’intermédiaire, un certain Youssef et une tierce personne dénommée Hicham qui les aurait mis en contact.

Le doyen par intérim de la faculté de droit et d’économie s’est étonné que l’individu parle de 35 étudiants enregistrés alors que l’inscription au master n’aura lieu qu’en septembre prochain. D’ailleurs, ajoute-t-il, les coordonnateurs de ces cycles d’études ne se sont pas encore penchés sur les masters qui seront dispensés cette année tandis que d’autres seront reportés pour des raisons diverses.

Par Samir Hilmi
Le 19/08/2018 à 23h31