Des parlementaires réclament une enquête sur le gaspillage des fonds dédiés au reboisement

Le Parlement marocain.

Les pertes colossales de plants forestiers et le faible taux de réalisation de la stratégie «Forêts du Maroc» suscitent une vive réaction au sein de la Chambre des Représentants.. AFP or licensors

Revue de presseRévélées par le rapport annuel de la Cour des comptes, les pertes colossales de plants forestiers et le faible taux de réalisation de la stratégie «Forêts du Maroc» suscitent une vive réaction au sein de la Chambre des Représentants. Des parlementaires de la majorité comme de l’opposition exigent des comptes et une refonte en profondeur de la gestion de l’Agence nationale des eaux et forêts (ANEF). Cet article est une revue de presse tirée du quotidien Al Akhbar.

Le 04/03/2026 à 21h05

Des voix de plus en plus nombreuses s’élèvent au Parlement pour dénoncer la gestion jugée dispendieuse des opérations de reboisement menées par l’Agence nationale des eaux et forêts (ANEF). Des groupes parlementaires, issus à la fois de la majorité et de l’opposition, ont engagé des démarches pour réclamer l’ouverture d’une enquête approfondie sur ce qu’ils considèrent comme une dilapidation des deniers publics, à la lumière du dernier rapport de la Cour des comptes.

«Présenté devant les deux chambres du Parlement par sa présidente, Zineb El Adaoui, ce rapport jette une lumière crue sur des dysfonctionnements majeurs», rapporte Al Akhbar de ce jeudi 5 mars. Il révèle que pas moins de 43,74 millions de plants forestiers ont été perdus entre 2014 et 2023, représentant un coût de production astronomique de 92,44 millions de dirhams. Sur la seule période 2021-2023, le constat est encore plus alarmant: 19,23 millions de plants (soit 37% de la production totale sur trois ans) sont restés inutilisés, pour un gaspillage estimé à 50 millions de dirhams.

Le groupe parlementaire du Parti PPS a été le premier à réagir officiellement. Dans une question écrite adressée au ministre de l’Agriculture, ses élus s’interrogent sur les mesures urgentes que le gouvernement entend prendre pour remédier à ces «dysfonctionnements structurels». Ils soulignent que ces chiffres, issus de la Cour des comptes, posent «de sérieuses problématiques en matière de gouvernance et d’efficacité de la gestion des ressources financières et naturelles par l’ANEF».

Au-delà du gaspillage pur et simple des jeunes plants, c’est l’efficacité même de la stratégie nationale «Forêts du Maroc» qui est mise en cause. Le rapport de la Cour des comptes indique que, depuis la création de l’ANEF en 2022 et jusqu’en 2024, la surface boisée n’a atteint que 57 546 hectares. Un chiffre bien loin des 139 860 hectares initialement ciblés, soit un taux de réalisation de seulement 41%.

«Ce bilan, précise le rapport, est d’autant plus préoccupant qu’il inclut à la fois les nouvelles zones de reboisement et les surfaces ayant dû être replantées après l’échec des campagnes précédentes», note Al Akhbar. En conclusion, la Cour des comptes estime que ce chiffre «ne représente pas la zone reboisée effective», car certaines parcelles nécessitent des interventions répétées en raison de la mortalité des plants, ce qui alourdit encore la facture sans pour autant étendre durablement le couvert forestier.

Face à ces révélations, les parlementaires pressent le gouvernement de revoir d’urgence ses méthodes afin d’adapter la production aux besoins réels du terrain et de restaurer la confiance dans les politiques publiques de préservation des écosystèmes forestiers.

Par Hassan Benadad
Le 04/03/2026 à 21h05