De Téhéran au Sahara marocain: Jason Greenblatt accable le Polisario, un proxy iranien dont le schéma est (trop) connu

Brahim Ghali, chef de la milice du Polisario.

Brahim Ghali, chef de la milice du Polisario.. AFP or licensors

Un proxy de plus et «presque personne n’y prête attention». Dans une tribune publiée sur Semafor, une publication américaine, Jason Greenblatt, ex-envoyé spécial de Donald Trump au Moyen-Orient, accuse l’Iran d’avoir fait du Polisario son pion en Afrique du Nord. Pour lui, le schéma est trop connu pour être ignoré une fois de plus.

Le 18/03/2026 à 10h08

L’homme n’est pas un inconnu. Jason Greenblatt est l’ancien envoyé spécial de la Maison-Blanche pour le Moyen-Orient sous le premier mandat de Donald Trump. C’est précisément depuis cette position qu’il tire, aujourd’hui, la sonnette d’alarme.

«Pendant que les regards sont rivés sur le Moyen-Orient, un autre proxy iranien étend discrètement son influence ailleurs et presque personne n’y prête attention», écrit-il dans la publication américaine Semafor. Ce proxy, selon lui, c’est le Polisario. «Le théâtre» où il opère, c’est «l’Afrique du Nord».

Jason Greenblatt ne part pas de rien. Il s’appuie sur ce qu’il décrit comme la stratégie iranienne. «Depuis des décennies, l’Iran a perfectionné une stratégie consistant à cultiver des mouvements armés non étatiques loin de ses frontières», souligne-t-il.

Le procédé est toujours le même. Identifier un mouvement insurgé ou séparatiste, le présenter comme un acteur politique légitime, puis l’armer, le financer et l’encadrer idéologiquement jusqu’à ce qu’il devienne une force de déstabilisation régionale. Ces groupes, poursuit Jason Greenblatt, «commencent souvent comme de petits mouvements qui se présentent comme des acteurs politiques, mais opèrent en réalité comme des organisations militantes et terroristes lourdement armées».

Ces milices reçoivent de Téhéran «une orientation idéologique, une formation, de l’argent et des armes» et avec le temps, «ils déstabilisent les gouvernements, menacent la sécurité régionale et servent les ambitions de l’Iran sans que Téhéran ait à combattre directement».

Jason Greenblatt rappelle qu’au Liban, «le Hezbollah est passé du statut de milice à celui d’une puissante organisation terroriste qui a vidé l’État libanais de sa substance et subordonné la souveraineté du pays à Téhéran». Tandis qu’au Yémen, «les Houthis sont passés d’une insurrection locale à une force capable de menacer le commerce maritime mondial, tout en plongeant le pays dans des années de guerre et de dévastation humanitaire».

Une alliance idéologique doublée d’un soutien militaire

Mais la communauté internationale a choisi de regarder ailleurs. Et «les conséquences ont été dévastatrices». C’est dans cette généalogie qu’il inscrit le Polisario.

L’ancien envoyé spécial de la Maison-Blanche pour le Moyen-Orient sous le premier mandat de Donald Trump note, par ailleurs, que «l’Iran a reconnu la prétendue République arabe sahraouie démocratique dès 1980, et ses liens avec le Polisario se sont approfondis depuis», insistant sur le fait que le Maroc a accusé à plusieurs reprises l’Iran et le Hezbollah de fournir au mouvement une formation militaire, un soutien logistique et des armes.

Pour l’auteur de In the Path of Abraham, il ne s’agit pas d’un soutien «symbolique» puisque «Téhéran acquiert de l’influence, une portée opérationnelle et la capacité de déstabiliser des régions par des proxies armés plutôt que par une confrontation directe».

La relation entre Rabat et Washington est au cœur de sa démonstration. Le Maroc, rappelle-t-il, est «l’un des alliés les plus anciens et les plus fiables de Washington dans la région», premier pays à avoir reconnu l’indépendance américaine en 1777, celui-ci demeure «l’un des partenaires sécuritaires les plus importants de l’Amérique en Afrique du Nord», notamment dans le domaine de la coopération antiterroriste. En 2020, Donald Trump avait reconnu formellement la souveraineté du Maroc sur son Sahara.

Une relation qui, selon Jason Greenblatt, appelle désormais une mise à jour de la position américaine sur le Polisario, puisque ce dernier ne figure pas sur la liste des organisations terroristes étrangères désignées par Washington, qui le qualifie toujours de «mouvement armé séparatiste impliqué dans un différend territorial».

Jason Greenblatt ne s’arrête pas à cette définition. Pour lui, l’étiquette importe moins que la réalité qu’elle recouvre. «L’absence de désignation formelle n’élimine pas le risque stratégique», prévient-il. C’est ici que l’avertissement «historique» prend toute sa force. «Pendant des années, le Hezbollah a été traité à l’échelle internationale comme un acteur politique complexe plutôt que pour ce qu’il était en train de devenir, un proxy iranien lourdement armé qui a finalement dominé le système politique et sécuritaire du Liban, tout en précipitant le pays dans un effondrement économique», écrit-il.

«Au Yémen, les Houthis ont suivi une trajectoire similaire avant d’évoluer en une force capable de menacer le commerce maritime mondial», déplore-t-il. Le parallèle avec le Polisario est on ne peut plus explicite. La leçon que Jason Greenblatt en tire est sans appel. «Pendant trop longtemps, le monde a répondu à la stratégie des proxies de l’Iran en détournant le regard et en espérant que les conflits locaux resteraient contenus», observe-t-il.

«Cette approche a contribué à produire les crises que nous observons aujourd’hui. Le monde a ignoré la stratégie des proxies de l’Iran par le passé. Il ne doit pas commettre la même erreur à nouveau», conclut-il.

Par Hajar Kharroubi
Le 18/03/2026 à 10h08