Comment qualifier les actuelles relations entre Alger et Washington? Empreintes de méfiance structurelle, de tensions permanentes et de défiances chroniques. Il suffit d’une étincelle pour que les apparences de calme et de maîtrise diplomatique sauvegardées pour les circonstances explosent. Les récentes évocations du sujet «algérien» dans les arcanes du pouvoir américain montrent une accumulation de reproches avec une pente ascendante qui fait craindre le pire pour Alger.
Pour la diplomatie algérienne, ce n’est pas faute d’avoir essayé de séduire le pouvoir américain. Pensant que le seul moteur de l’administration Trump est le contrôle des ressources en énergie là où elles se trouvent dans le monde, comme illustré par ses appétits sur le Venezuela ou le Groenland, le régime algérien avait proposé de mettre à sa disposition la totalité des richesses du territoire algérien, pourvu qu’il lève le pied dans sa stratégie de pression et de contrainte.
Échec sur toute la ligne. Washington a superbement transcendé cette offre d’Alger de mettre les richesses et l’économie algérienne sous le boisseau américain contre une certaine neutralité par rapport aux enjeux de pouvoir au Maghreb. Bien au contraire, l’administration américaine vient d’acculer le régime algérien à des choix cornéliens, et ce, à deux niveaux extrêmement sensibles pour la stratégie algérienne: le Polisario et la relation avec la Russie.
Sur le Polisario, l’administration américaine vient d’activer le processus de qualification du Polisario comme une organisation terroriste. Il est vrai qu’en apparence, le législatif, plus impliqué, pousse vers cette qualification et que l’exécutif tente de retarder, voire freiner, cette dynamique. Il n’en demeure pas moins qu’il peut s’agir d’une opération de partage de rôles et des missions. Au législatif de lever le plafond des exigences. À l’exécutif de tenter de traduire ces menaces en concessions du régime algérien, notamment dans le dossier du Sahara marocain.
«Sénateur, Marco Rubio avait plaidé dans une missive restée célèbre adressée à Anthony Blinken, secrétaire d’État de Joe Biden, pour des sanctions contre le régime algérien»
— Mustapha Tossa
Dans le lexique politique américain, le Polisario est plus proche de figurer sur la liste des organisations terroristes que de pouvoir jouer un rôle politique. Les accusations formulées contre lui sont d’une gravité inouïe. Vu de Washington, le Polisario est un proxy iranien en Afrique du Nord, au même titre que les Houthis au Yémen. Le Polisario est accusé de recevoir, via l’Algérie, des armes et des aides de l’Iran et de son bras armé au Liban, le Hezbollah.
Le Polisario est aussi accusé de représenter un danger pour les intérêts américains dans la région en se livrant à des activités de déstabilisation en étant perméable aux autres organisations terroristes, très actives au Sahel. Certaines sont d’ailleurs directement téléguidées par le régime militaire algérien. Qualifier le Polisario d’organisation terroriste par l’administration américaine serait un coup fatal pour le régime algérien. Cette décision le transformerait en un pays parrain du terrorisme et imposerait à la communauté internationale de le traiter comme tel. Sanctions économiques, mise en quarantaine diplomatique et sécuritaire… Alger, déjà isolé, serait aussi infréquentable que l’Iran ou la Corée du Nord, les atouts en moins.
Sur la relation avec la Russie, l’administration américaine, entre colère et déception contenues, avait froncé les sourcils à l’encontre d’Alger. Washington reproche au régime algérien de continuer à financer, à travers des contrats d’achat d’armement gigantesques, la machine de guerre russe en Ukraine. Malgré de nombreux avertissements dans le passé, le régime algérien semble avoir traité ces menaces avec une grande légèreté. Ce qui le place aujourd’hui dans la liste des pays qui menacent les intérêts américains et se voit passible d’une doctrine de sanctions spécialement élaborée contre ces pays.
Sénateur, Marco Rubio avait plaidé dans une missive restée célèbre adressée à Anthony Blinken, secrétaire d’État de Joe Biden, pour des sanctions contre le régime algérien. C’était pour punir Alger d’avoir financé par ses achats d’armement la machine de guerre russe de Vladimir Poutine. Aujourd’hui, Marco Rubio est secrétaire d’État, équivalent du ministre des Affaires étrangères. Et le régime algérien continue, à sa manière, de défier l’Amérique.
Dans la relation entre Alger et Washington, les rapports sont sur le mode d’une roulette russe. La balle peut partir à n’importe quel moment. Comme le supplice peut s’arrêter, à condition de satisfaire aux conditions américaines clairement formulées. Mettre fin à l’aventure séparatiste du Polisario et faire en sorte qu’il ne représente plus un danger pour la stabilité régionale en aidant à l’application du plan de l’autonomie marocain validé par la communauté internationale. Et mettre fin à cette intimité stratégique et militaire, bien que de plus en plus relative, avec la Russie en arrêtant d’acheter son armement. Au vu des dernières actualités, l’Algérie ayant accepté, contrainte et forcée, de prendre part aux négociations sur le Sahara à Madrid, l’espoir est permis. Bien que...





