Ségolène Royal, le nouveau ministre de l’Algérie

Xavier Driencourt.

ChroniqueEn fait, Ségolène Royal propose que seule la France fasse des concessions à l’Algérie. Elle semble conclure que seule la France est responsable de la crise actuelle et que l’Algérie a droit à tous les égards. C’est assurément ce que souhaite Alger et c’est en ce sens que la présidente de l’AFA risque de devenir, si le gouvernement n’y prend garde, un véritable «ministre des Affaires algériennes».

Le 04/02/2026 à 16h00

Il y a eu, pendant longtemps, en France, un ministre spécialement responsable de l’Algérie. Ministre résidant, sous la Quatrième République, tels Jacques Soustelle ou Robert Lacoste, puis Louis Joxe, sous le septennat du général de Gaulle, ministre d’État chargé des Affaires algériennes et responsable de la négociation des Accords d’Évian.

Et voilà que Ségolène Royal, en mal de poste officiel, se retrouve quasiment l’équivalent de ministre résidant. Bombardée à la tête de l’association France-Algérie (AFA), elle compte bien se servir de cette rampe de lancement pour donner son avis, et si possible, dans un contexte de quasi rupture franco-algérienne, avoir le monopole de la relation France Algérie et peser sur celle-ci.

On ne comprend pas pourquoi le gouvernement a laissé l’ancienne candidate à l’élection présidentielle, aujourd’hui candidate à tout, s’emparer de cette association: on peut, en effet, être certain que Ségolène Royal ne la laissera pas inactive et qu’elle en fera un instrument politique avec lequel le gouvernement devra compter.

Qu’on en juge, en effet.

L’ancienne ministre s’est immédiatement fixé pour objectif de «renforcer le développement des relations amicales et de coopération» entre les deux pays.

Le 17 janvier, pour sa première prise de parole officielle à la tête de l’AFA, lors d’une journée organisée par l’IRIS (Institut des relations internationales et stratégiques), Mme Royal a exposé sa vision d’une réconciliation franco-algérienne. Un discours sans ambiguïté, articulé autour de trois axes principaux: «La reconnaissance des crimes coloniaux, la restitution des biens culturels et celle des archives relatives aux essais nucléaires français en Algérie, ainsi que leur indemnisation».

«Si j’étais Tebboune, je libérerais rapidement Christophe Gleizes de manière à rendre service à Mme Royal et humilier en même temps le gouvernement français et son président. «Vous voyez, nous avons des amis en France!» pourra-t-il affirmer.»

—  Xavier Driencourt

En fait, Madame Royal propose que seule la France fasse des concessions à l’Algérie. Elle semble conclure que seule la France est responsable de la crise actuelle et que l’Algérie a droit à tous les égards. C’est assurément ce que souhaite Alger et c’est en ce sens que la présidente de l’AFA risque de devenir, si le gouvernement n’y prend garde, un véritable «ministre des Affaires algériennes». Tout ce qu’elle a déclaré à Alger, dans ses entretiens comme dans les nombreuses interviews qu’elle a données est du miel aux oreilles du régime militaire d’Alger.

Tout céder à l’Algérie, rendre les archives alors que la grande majorité d’entre elles ont déjà été restituées (à l’exception des archives dites de souveraineté), restituer les effets de l’Émir Abd el-Kader, déposés au château de Chantilly — et que le duc d’Aumale avait déclarés incessibles dans son testament — voilà un programme qui plaira à Alger… Sans parler, naturellement, de l’indemnisation des essais nucléaires.

Et pour occuper le terrain dans un contexte de nouvelle crise franco-algérienne, voilà que Ségolène Royal s’invite à Alger pour un voyage officiel de quatre jours. En effectuant ce déplacement, elle a réussi un «coup politique» d’ampleur.

  • D’abord, avec l’association France Algérie, elle continue à exister politiquement et elle fera de cette présidence un tremplin pour ses ambitions. Elle oblige le président de la République et le gouvernement à devoir compter avec elle;
  • Ensuite, en s’emparant du dossier «Algérie» dont elle connaît l’importance dans le débat politique français, elle sait que ce sujet restera central en vue de l’élection présidentielle de 2027; Mme Royal pourra donc peser sur ce débat;
  • Enfin, du côté algérien, Tebboune a parfaitement compris le parti qu’il pourrait tirer de Ségolène Royal qu’il instrumentalise. Reçue à Alger comme un chef d’État, reçue en audience par le président (seule et sans aucun accompagnement de la part de l’ambassade), elle se «met dans la main des Algériens» et reprend le narratif et les arguments officiels d’Alger. Tebboune lui facilite la tâche en lui permettant de rendre visite à Christophe Gleizes à la prison de Koléa. Elle pourra se targuer qu’elle, au moins, par sa méthode faite de «dialogue», a obtenu en une semaine davantage que le gouvernement français en 20 mois. Si j’étais Tebboune, je libérerais rapidement Christophe Gleizes de manière à rendre service à Mme Royal et humilier en même temps le gouvernement français et son président. «Vous voyez, nous avons des amis en France!» pourra-t-il affirmer.

C’est de fait un coup politique formidable que l’ancienne candidate à l’élection présidentielle a réussi. Tebboune a marqué un point, Ségolène Royal également. Match nul mais le perdant c’est le gouvernement de Paris.

Par Xavier Driencourt
Le 04/02/2026 à 16h00