Scénarios de guerre et de paix dans le Golfe

Mustapha Tossa.

ChroniqueLa première phase de la décapitation du régime a été couronnée de succès mais la seconde étape consistant à changer la direction ou le régime lui-même tarde à se concrétiser.

Le 23/03/2026 à 16h00

Jusqu’où mènera l’affrontement entre Américains, Israéliens et Iraniens, et quand prendra-t-il fin? Par quel moyen et sous l’impulsion de qui cette escalade pourra-t-elle être stoppée? Ces interrogations pèsent lourd dans la partie de «Scrabble» qui se joue à l’échelle de la diplomatie mondiale. Pour l’heure, nul ne semble détenir la réponse, ni posséder la clé permettant de déchiffrer l’issue ou d’anticiper les perspectives de ce conflit.

L’Amérique de Donald Trump est sur le fil du rasoir. Elle s’est vue opposer un refus catégorique de la part des Européens quant à une participation à la guerre. Leur logique est la suivante: Donald Trump et Benjamin Netanyahu l’ont commencée sans les prévenir. C’est à eux de la terminer sans les impliquer.

Le président américain se trouve dans une situation étrange. Il a décapité la tête du régime iranien, affaibli son arsenal militaire, mais sans le faire chuter et sans le priver de ses capacités de nuisance, comme le montrent les projectiles qui continuent de pleuvoir sur les pays du Golfe et sur Israël. Donald Trump est au milieu d’une équation à plusieurs inconnues. Il ne peut ni crier victoire et se retirer sous peine d’être désavoué par la réalité du terrain, ni continuer cette aventure militaire sous peine d’accentuer le chaos économique mondial.

Il faut dire que Donald Trump est entré dans cet Orient compliqué avec des idées d’une désarmante simplicité. Avec le précédent vénézuélien, où les forces spéciales américaines ont pu capturer facilement le président Nicolas Maduro et installer dans la foulée Delcy Rodriguez, plus compatible avec les intérêts US, il pensait qu’il pouvait aisément appliquer ce modèle à la crise iranienne. Or, aucune «Delcy Rodriguez» ne pointe à l’horizon.

La première phase de la décapitation du régime a été couronnée de succès, mais la seconde étape consistant à changer la direction ou le régime lui-même tarde à se concrétiser. Les capacités de résistance de l’Iran ont été sous-évaluées et le choix de leurs cibles semble avoir pris Donald Trump de court. Dans une étonnante confession, le président américain avait reconnu que son administration ne s’attendait pas à ce que les Iraniens s’attaquent aux pays du Golfe et bloquent le très vital détroit d’Ormuz. On peut se demander si cette naïveté diplomatique était réelle ou simplement feinte dans un contexte de guerre où la prudence impose de tout anticiper. Gouverner, c’est prévoir.

«On ne monte pas dans un train qui ne va nulle part sans couverture légale internationale»

Donald Trump a demandé en vain l’aide de l’Europe et de l’OTAN. Les deux structures lui ont opposé la même réponse. On ne monte pas dans un train qui ne va nulle part sans couverture légale internationale. Ces deux refus laisseront des traces dans la relation transatlantique déjà malmenée par Trump. Le président américain fera sans doute payer à l’Europe sa non-assistance militaire. La revanche à venir aura probablement pour terrain la guerre entre l’Ukraine et la Russie qui se déroule sur le sol européen. Le pari est qu’il fera payer à l’OTAN sa passivité dans la guerre qu’il mène à l’Iran en réalisant un vieux «rêve américain»: le désengagement US de l’Alliance atlantique, jugée inutile désormais.

L’autre mystère est l’attitude des pays du Golfe. Jusqu’à présent, ces pays ont pratiqué une forme de patience stratégique. Leurs réactions se sont limitées à des postures défensives. En activant les accords de coopération militaire qu’ils avaient signés avec certains pays européens, ils ont réussi à minimiser les dégâts. Mais avec une guerre qui s’intensifie et le choix de cibles stratégiques telles que les infrastructures énergétiques et les unités de dessalement d’eau de mer, une ressource devenue extrêmement rare dans la région, la posture défensive risque de ne plus être suffisante.

L’idée que ces pays du Golfe puissent participer de manière offensive à cette guerre pourra en changer et la physionomie et les enjeux. La retenue actuelle s’explique par deux facteurs essentiels. Le premier est de ne pas tomber dans le piège iranien qui n’aurait d’autres choix que la politique de la terre brûlée. Ceci d’autant qu’ils ont bâti des modèles de développement reposant sur la stabilité. Le second facteur est de ne pas donner l’impression de réaliser les desseins politiques de l’agenda israélien dans la région.

Dans cette configuration, les pays européens et ceux du Golfe semblent partager les mêmes appréhensions. Ils en ont rejeté l’initiative et ne veulent pas en assumer les conséquences.

Par Mustapha Tossa
Le 23/03/2026 à 16h00