Sahara: Abdelmadjid Tebboune s’enfonce dans le déni

Abdelmadjid Tebboune, président de l'Algérie.

Dans un discours-fleuve prononcé mardi 30 décembre pour présenter le bilan très négatif de la 6ème année de son installation par l’armée à la présidence algérienne, Abdelmadjid Tebboune a repris les mêmes propos qu’il ressasse depuis plus d’une demi-décennie. C’est ainsi qu’en abordant le dossier du Sahara, dans lequel le Maroc vient de marquer un point décisif à l’ONU, Tebboune s’est érigé en défenseur d’un prétendu «peuple sahraoui», se réfugiant derrière la légalité internationale alors que son pays s’est mis au ban des nations au Conseil de sécurité.

Le 01/01/2026 à 10h28

Mardi 30 décembre, les députés et sénateurs algériens ont convergé vers le Club des pins, haut lieu de relaxation de l’oligarchie militaro-politique et affairiste du pays, pour assister au discours, dit à la nation, que Tebboune prononce chaque fin d’année depuis 2023.

Ce troisième discours du genre a été marqué par l’absence intrigante du général Said Chengriha, chef d’état-major de l’armée et membre du gouvernement, connu pour accompagner le président algérien dans toutes ses sorties officielles depuis qu’ils ont formé un duo au sommet de l’État algérien. Face au silence de Tebboune à ce sujet, on imagine le tas de questions que suscite l’absence de l’homme fort de l’Algérie, qui n’a d’ailleurs pas assisté au Conseil des ministres tenu dimanche dernier.

Pour ce qui est du contenu du discours de Tebboune devant les parlementaires et membres du gouvernement, il a été décliné selon le même plan de dissertation habituel, où la première et longue partie, d’une durée de plus d’une heure et 46 min, a été consacrée aux faux chiffres des prétendues réalisations de l’Algérie, dite pompeusement «nouvelle» ou «victorieuse». La seconde partie, qui a pris juste une dizaine de minutes, a été l’occasion de parler de la Palestine et des pays du voisinage immédiat de l’Algérie.

C’est dans cette rubrique que Tebboune est revenu sur le dossier du Sahara, laissant clairement transparaître une grosse nervosité face à l’adoption, le 31 octobre dernier, de la résolution 2797 du Conseil de sécurité de l’ONU, faisant de l’autonomie du Sahara sous souveraineté marocaine la base de toute solution politique.

Sans mentionner une seule fois cette résolution, Tebboune a joué au sourd et à l’aveugle, en déclarant qu’il ne fait que respecter le droit international dans son soutien au prétendu «peuple sahraoui».

Confronté à une situation catastrophique, tant sur le plan de la politique interne qu’externe, Tebboune a encore fait parler la poudre… aux yeux. Il a adopté la politique de l’autruche en se cachant derrière l’ennemi extérieur à travers le rappel du soutien, présenté comme «innocent», de l’Algérie à un prétendu «peuple sahraoui». Il faut dire que le dossier du Sahara constitue une exception dans la politique étrangère de l’Algérie qui a toujours refusé de reconnaitre l’indépendance du Kosovo, le considérant comme partie intégrante de la Serbie. Plus récemment, l’Algérie a rejeté l’indépendance du Somaliland, où un autre «polisario» local veut proclamer l’indépendance vis-à-vis de Mogadiscio.

Tebboune oublie aussi que ce qu’il dit pour le prétendu «peuple sahraoui», il doit l’appliquer pour le vaillant peuple kabyle qui a arraché, de haute lutte, l’indépendance de l’Algérie en payant le prix fort. Et ce au moment où l’armée des frontières, que dirigeait Houari Boumediene, attendait patiemment, sans tirer la moindre balle, que la résistance kabyle finisse le travail. Ce même Boumediene est même allé jusqu’à commanditer l’assassinat de plusieurs leaders kabyles, comme Abane Ramdane, connu pour être l’architecte de la révolution algérienne. Cette farouche résistance des vaillants Kabyles s’explique par le fait qu’il existe depuis des siècles en tant que peuple alors que l’Algérie, dans ses frontières actuelles, qualifiées d’artificielles par le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, est une création de la France.

Dans son discours de ce mardi, Tebboune est également revenu sur les récentes révélations du contenu secret de l’accord militaire algéro-tunisien signé le 7 octobre 2025 à Alger. Cependant, il a confirmé, plutôt que démenti, qu’Alger a profité de la crise politico-économique en Tunisie pour placer ce pays sous sa tutelle. Tebboune a ainsi affirmé qu’aucun soldat n’a franchi les frontières tunisiennes, tout en affirmant que la sécurité de l’Algérie est liée à celle de la Tunisie, et vice versa. Ajoutant, en plus clair, qu’en cas de besoin, et à la demande de la Tunisie, son pays est prêt à voler au secours de son voisin de l’Est.

Mais là où Tebboune a clairement laissé entendre que son pays a mis sous tutelle la Tunisie, c’est quand il a parlé des relations algéro-mauritaniennes. Il a affirmé que l’Algérie n’intervient jamais dans les affaires intérieures de ce pays, qui, selon Tebboune peut «signer des accords avec qui il veut, et quel que soit leur contenu»! Cela renvoie aux révélations selon lesquelles Alger a imposé à Tunis l’impossibilité de signer un accord militaire avec un État tiers sans le feu vert du régime politico-militaire. Or Tebboune a mis toutes ces révélations sur le dos de pays, qu’il n’a pas cités, qui seraient derrière ce qu’il appelle «des tentatives de créer la zizanie dans les relations algéro-tunisiennes».

Avec les voisins du Sahel, la tension risque de monter d’un nouveau cran suite aux propos insultants de Tebboune à l’égard des dirigeants du Mali et du Niger. Il a estimé que tout allait bien entre l’Algérie, le Mali et le Niger, jusqu’à l’arrivée de nouveaux pouvoirs, qualifiés de «microbes» par le président algérien et accusés d’avoir ensanglanté toute la région.

Par Mohammed Ould Boah
Le 01/01/2026 à 10h28