Nouveau bavardage de Tebboune: aucune mention du Maroc, ni de la «cause sahraouie»

Le président algérien Abdelmadjid Tebboune.

Dans la soirée du samedi 7 février, la télévision publique algérienne a retransmis un nouvel épisode des bavardages périodiques du président Abdelmadjid Tebboune. Cette sortie a repris la rhétorique habituelle des fausses promesses, des chiffres contestables et des insultes envers les opposants et certains États tiers, comme les Émirats arabes unis. La surprise est venue de son mutisme concernant le Maroc et la prétendue «cause sahraouie», un dogme dont il a pourtant juré de ne jamais se départir.

Le 09/02/2026 à 13h26

Abdelmadjid Tebboune ne sait plus où donner de la tête. Confronté récemment à de vives tensions créées par le clan présidentiel avec les généraux de l’armée, suivies des non moins vives critiques qui ont mis à nu le fiasco annoncé de Ghar Djebilet, le président avait besoin d’une tribune où déverser son trop-plein de spleen. Faute de pouvoir aller à la rencontre du peuple ou de visiter les wilayas algériennes, où il n’est jamais le bienvenu à cause de son illégitimité aux yeux de plus de 90% d’Algériens, Tebboune a choisi le petit écran pour exister.

Face aux dirigeants d’El Moudjahid et d’El Hayat, Tebboune a très peu convaincu sur la rentabilité supposée des mines de Ghar Djebilet. Ce sujet est devenu sensible après l’emprisonnement de l’économiste Djeloul Slama, qui a scientifiquement démontré que l’exploitation du fer algérien n’était pas rentable, ni à court ni à moyen terme. Face à ce qui s’apparente à un gouffre financier, Tebboune a fini par admettre que son pays avait eu recours à un prêt de 3 milliards de dollars auprès de la Banque africaine de développement (BAD).

L’audience accordée la semaine dernière par le président à Kristalina Georgieva, directrice générale du Fonds monétaire international, laisse entrevoir une possible demande de prêt auprès de l’institution. Cette démarche place Tebboune dans une position délicate. Lui qui a longtemps soutenu que l’Algérie ne s’endetterait jamais se trouve aujourd’hui confronté à la baisse drastique des prix du pétrole et du gaz, dont l’Algérie est totalement dépendante. Ce virage contredit son discours habituel, selon lequel l’endettement fragilise la souveraineté nationale, un levier qu’il juge indispensable pour maintenir la position du régime sur les dossiers du Sahara et de la Palestine.

Afin de relativiser l’emprunt contracté auprès de la BAD, le président algérien a qualifié le service de cette dette d’insignifiant. Il a par ailleurs ajouté que l’Algérie était le premier actionnaire de la banque, alors que ce rang est en réalité occupé par le Nigéria et l’Egypte. Le président algérien a repris sa litanie habituelle consistant à dire qu’il ne laisserait pas la dette entraver la souveraineté algérienne, surtout en matière «de défense de la cause palestinienne». Mais il n’a pas mentionné la prétendue «cause sahraouie» qu’il a l’habitude de coupler avec celle de la Palestine. Durant son intervention, il n’a mentionné ni le Maroc, ni le Sahara. Ce mutisme pourrait être lié à la venue de Massad Boulos, conseiller politique pour l’Afrique et le Moyen-Orient de Donald Trump, à Alger, bien que Tebboune ait tenté de réduire cette rencontre à un simple cadre bilatéral.

Les insultes et les menaces ont constitué l’essentiel des propos de Tebboune. On peut comprendre qu’il s’attaque à l’opposant algérien Amir DZ qui l’a traité de voyou sur France 2 dans le dernier numéro de «Complément d’enquête», consacré aux barbouzeries des services secrets algériens contre les opposants au régime installés en France. Mais ce qui est incompréhensible, c’est sa violente charge contre les Émirats arabes unis, qualifiés par Tebboune de «micro-État» qui s’immisce dans les moindres interstices des affaires algériennes.

Une insulte sidérante et indigne d’un chef d’État. Même dans les pires moments, on n’a jamais vu un président insulter un pays en moquant sa taille. Malgré les coupes au montage de cet entretien avec deux journalistes complaisants, les séquences diffusées montrent que Tebboune ne sait pas tenir ses nerfs et encore moins s’exprimer comme un homme d’État.

D’ailleurs, rien ne va plus entre Alger et Abu Dhabi. La crise que traversent les deux pays a été récemment marquée par la rupture par Alger de l’accord aérien qui les lie depuis 2013. Cette décision interdit aux avions des deux pays de survoler leurs espaces aériens et d’y faire escale. Ce qui laisse probablement présager une rupture unilatérale des relations diplomatiques entre les deux pays. Dans une allocution au ton menaçant, Tebboune a adressé des mises en garde aux dirigeants émiratis dans un langage de caniveau. «Ne me faites pas regretter le jour où je vous ai connus», a-t-il déclaré, avant d’ajouter: «Celui qui veut humilier l’Algérie n’est pas encore né». Mais y a-t-il plus humiliant pour l’Algérie que d’être dirigée par un président indigne de la fonction qu’il occupe.

Par Mohammed Ould Boah
Le 09/02/2026 à 13h26