Iran: face à la menace américaine, Téhéran plaide pour la diplomatie

Donald Trump, président des États-Unis. (LTD/SvenSimon/Reuters)

Le président iranien Massoud Pezeshkian a affirmé samedi soir qu’une guerre n’était dans l’intérêt ni de l’Iran ni des États-Unis, assurant vouloir privilégier la voie diplomatique dans un contexte régional marqué par une montée des tensions et des signaux contradictoires venus de Washington.

Le 01/02/2026 à 06h58

«La République islamique d’Iran n’a jamais recherché et ne recherche en aucun cas la guerre, et elle est profondément convaincue qu’une guerre ne serait dans l’intérêt ni de l’Iran, ni des États-Unis, ni de la région», a déclaré Massoud Pezeshkian lors d’un entretien téléphonique avec son homologue égyptien Abdel Fattah al-Sissi, selon un communiqué de la présidence iranienne.

Le chef de l’État a insisté sur le fait que, pour Téhéran, «le règlement des différends par la diplomatie a toujours été prioritaire».

Cette déclaration intervient alors que le président américain Donald Trump entretient depuis plusieurs jours le flou sur une éventuelle opération militaire contre l’Iran. Sans détailler la nature de ces échanges, Donald Trump a affirmé samedi que Téhéran dialoguait avec Washington.

«L’Iran nous parle, et nous verrons bien si nous pouvons faire quelque chose», a-t-il déclaré à Fox News. La veille, il avait assuré que l’Iran cherchait à «conclure un accord» sur le dossier nucléaire, évoquant un ultimatum adressé à Téhéran sans en préciser les termes.

Dans ce climat d’incertitude stratégique, les initiatives diplomatiques se multiplient. Le Premier ministre et chef de la diplomatie du Qatar, Cheikh Mohammed ben Abdelrahmane al-Thani, s’est rendu samedi à Téhéran. À l’issue d’une rencontre avec Ali Larijani, secrétaire de la plus haute instance de sécurité en Iran, Doha a «réaffirmé son soutien aux efforts visant à réduire les tensions et à trouver des solutions pacifiques assurant la sécurité et la stabilité de la région», a indiqué le ministère qatari des Affaires étrangères.

Ces signaux d’apaisement contrastent toutefois avec un discours beaucoup plus offensif tenu récemment par le chef de l’armée iranienne Amir Hatami, qui a assuré que les forces armées iraniennes étaient «en état d’alerte maximale» face à une éventuelle attaque américaine. Depuis la répression sanglante des manifestations de janvier, le pouvoir iranien évolue ainsi sur une ligne de crête, mêlant appels au dialogue et démonstrations de fermeté militaire.

Washington, de son côté, continue de souffler le chaud et le froid. Depuis le début du mois, Donald Trump a multiplié les avertissements à l’égard de Téhéran tout en laissant entrevoir une possible désescalade. Les États-Unis ont néanmoins renforcé leur dispositif militaire dans la région, déployant une dizaine de navires dans le Golfe, dont le porte-avions USS Abraham Lincoln. Cette présence alimente un climat de fébrilité en Iran, où chaque incident est scruté avec anxiété.

Samedi encore, une explosion survenue dans un immeuble résidentiel de Bandar Abbas, grand port du sud de l’Iran sur le Golfe, est restée inexpliquée durant plusieurs heures avant que les pompiers n’annoncent qu’il s’agissait d’une fuite de gaz. L’épisode a renforcé les rumeurs et les craintes dans un pays déjà sous tension.

Exercices militaires et menaces régionales

Tout en se disant ouvert au dialogue, l’Iran a rappelé ces derniers jours qu’il disposait de moyens de riposte considérables. Les autorités ont averti que de «nombreuses» bases américaines dans la région se trouvaient à portée de missiles iraniens et ont de nouveau brandi la menace d’un blocage du détroit d’Ormuz, axe vital pour le transit mondial des hydrocarbures.

Les Gardiens de la révolution doivent par ailleurs mener à partir de dimanche un exercice naval de tirs réels de deux jours dans la zone, selon le Commandement militaire américain pour le Moyen-Orient (Centcom), qui a mis en garde contre «tout comportement dangereux» à proximité des forces américaines.

Pression politique et symboles de pouvoir

La tension est également montée sur le plan politique avec l’inscription récente par l’Union européenne des Gardiens de la révolution sur la liste des organisations terroristes, une décision jugée «insensée» par Téhéran. Dans ce contexte, la réapparition publique du guide suprême Ali Khamenei a été scrutée de près. Samedi, il a visité le mausolée de Rouhollah Khomeini à Téhéran, où il est apparu en prière, dans des images diffusées par son site officiel.

Affaibli par la guerre de juin 2025 et confronté à une contestation sociale sévèrement réprimée, le pouvoir iranien reste sous pression. Selon l’ONG Human Rights Activists News Agency, 6.713 morts, dont 137 enfants, ont été confirmés lors des troubles récents, tandis que plus de 17.000 décès supplémentaires font encore l’objet d’enquêtes. Les autorités iraniennes reconnaissent de lourdes pertes, mais affirment que la majorité des victimes étaient des membres des forces de sécurité ou des civils tués par des «émeutiers». Dans ce contexte explosif, l’appel à la diplomatie lancé par Massoud Pezeshkian apparaît autant comme un message à l’extérieur qu’un signal adressé à une société iranienne profondément ébranlée.

Par Le360 (avec AFP)
Le 01/02/2026 à 06h58