Présentée comme un geste humanitaire attendu de longue date, cette décision s’inscrit toutefois dans un cadre extrêmement restrictif: l’ouverture sera limitée au passage des personnes uniquement, sans reprise du trafic de marchandises, et soumise à des conditions sécuritaires drastiques.
Cette réouverture intervient dans le cadre du plan de cessez-le-feu dit «Trump», accepté en octobre dernier, mais dans un contexte de trêve fragile. Samedi encore, des frappes israéliennes ont fait 32 morts, selon la Défense civile de Gaza, dont des femmes et des enfants. Israël affirme pour sa part avoir mené ces bombardements en réponse à des violations du cessez-le-feu, illustrant la volatilité d’un accord constamment menacé.
Le passage de Rafah constitue un point névralgique. Il s’agit du seul point d’entrée et de sortie entre Gaza et le monde extérieur ne passant pas par Israël. Fermé depuis la prise de contrôle du site par les forces israéliennes en mai 2024, il n’avait rouvert que brièvement début 2025, lors d’une précédente trêve qui avait rapidement échoué. Pour des centaines de milliers de Palestiniens, Rafah représente ainsi bien plus qu’un simple poste-frontière: une ligne de survie.
La prudence domine
Selon le Cogat, organisme du ministère israélien de la Défense chargé des affaires civiles dans les Territoires palestiniens occupés, «le passage ouvrira le 1er février dans les deux sens, pour un mouvement limité de personnes uniquement». L’entrée et la sortie de Gaza seront conditionnées à «une autorisation sécuritaire préalable» délivrée par les autorités israéliennes, en coordination avec l’Égypte et sous la supervision de la mission européenne EUBAM Rafah, précise encore le communiqué.
Sur le terrain, la prudence domine. Une source à la frontière égyptienne a indiqué que la journée de dimanche serait essentiellement consacrée aux préparatifs logistiques, notamment à l’arrivée d’une délégation de l’Autorité palestinienne. Trois autres sources au sein du point de passage évoquent une ouverture «à titre d’essai», prioritairement destinée au passage de blessés, avant une éventuelle ouverture plus régulière lundi.
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Mais l’incertitude reste entière. «Aucun accord n’a pour l’instant été conclu sur le nombre de Palestiniens autorisés à entrer et à sortir», confient ces mêmes sources, ajoutant que l’Égypte se dit prête à accueillir «tous les Palestiniens qu’Israël autorisera à sortir». Une formulation qui souligne, en creux, le maintien d’un contrôle total par Israël sur les flux humains.
Dans une bande de Gaza ravagée par plus de deux ans de guerre et plongée dans une crise humanitaire majeure, l’attente est teintée d’angoisse. «Chaque jour qui passe aggrave mon état et ma vie s’enfuit», confie Mohammed Shamiya, 33 ans, atteint d’une maladie rénale nécessitant des séances régulières de dialyse. Comme lui, des milliers de malades espèrent pouvoir enfin accéder à des soins hors de l’enclave.
L’espoir traverse aussi une génération plus jeune. Safa al-Hawajri, 18 ans, bénéficiaire d’une bourse pour étudier à l’étranger, voit dans cette réouverture une dernière chance. «Tout mon espoir de réaliser mes ambitions est lié à la réouverture» de Rafah, résume-t-elle.
L’ONU et de nombreuses ONG internationales attendaient elles aussi ce moment avec impatience. Mais les restrictions imposées par Israël sont loin de répondre à leurs attentes, tant sur le plan humanitaire que logistique. La réouverture de Rafah était initialement prévue durant la première phase de la trêve entrée en vigueur le 10 octobre, avant d’être reportée à plusieurs reprises.
Mi-janvier, les États-Unis ont annoncé le passage à une deuxième phase du cessez-le-feu. Sur le terrain pourtant, Israël et le Hamas continuent de s’accuser mutuellement, au quotidien, de violations. Dans ce climat de défiance, la réouverture de Rafah apparaît moins comme une normalisation que comme un test fragile, suspendu au moindre dérapage militaire ou politique.











